Publié par : paysdesmasques | vendredi, 29 octobre 2010

La dernière p’tite vite de nos «exilés de l’intérieur»

Deux jours avant le showdown à l’Assemblée nationale au sujet de l’odieuse loi 115, qui nous ramène en droite ligne aux tout aussi odieux tests linguistiques de la loi 22 de Robert Bourassa, durant les années 70, je me plaignais de l’absence remarquée de Pauline Marois dans certains débats ou événements importants, comme dernièrement la marche des femmes. Eh bien, j’ai dû rentrer mes batteries…
Non seulement, notre Pauline nationale était-elle superprésente, mais elle était vraiment démontée, et avec raison, contre ce petit politicien nommé Jean Charest qui passera à l’histoire non pas pour ses hauts-faits, mais pour ses méfaits contre le Québec français. Tartuffe jusqu’au bout des lèvres, voilà que notre premier ministre, après avoir bâillonné la démocratie en faisant voter à la vapeur, aux aurores, la loi des passerelles de l’anglicisation, se porte maintenant, via la francophonie, à la défense du français… dans le monde. C’est too much !
Il suffisait de lire, au lendemain du vote de la loi 115, les arguments boiteux de la presse fédéraliste, chez les André Pratte, Vincent Marissal et Alain Dubuc notamment, pour comprendre à quel point la sainte colère de Pauline Marois était nécessaire et justifiée. Et merde à tous ces faux jésuites qui lui font la morale à cause de ses soi-disant «mauvaises manières» parlementaires ou à cause de son supposé «radicalisme». Pitié, messieurs-dames de la presse, je ne peux plus m’arrêter de rire…
Mais là où je n’ai pas ri, ce fut d’entendre Marissal demander suavement : savez-vous combien il y a d’écoles privées non subventionnées au Québec ? Non ? Eh bien, je vais vous le dire : seulement neuf. Pas grave la loi 115, hein ? Respirez donc par le nez… Comme si les droits et les principes se mesuraient à la qualité de l’air ou au poids. Et tant qu’à faire appel à nos sens, le chroniqueur aurait pu tout aussi bien nous demander de nous boucher les yeux pour ne pas voir la réalité du processus d’anglicisation enclenché par les libéraux depuis leur arrivée au pouvoir. Rien de bien surprenant là-dedans. Se rappeler que ces gens ont combattu jusqu’à l’ignominie l’adoption de la charte du français ( loi 101 ), à l’été 1977, en cheville avec les anglophones et les milieux financiers francophones de Montréal qui n’avaient jamais levé le petit doigt, avant, pour donner à leur langue la place qui lui revenait, la première. Cette coalition cachée ne sera jamais satisfaite aussi longtemps qu’un seul article de la loi 101 restera debout.
Élu, comme tous les sondages en font foi, par les anglophones, les immigrés ( pas tous, heureusement, mais beaucoup beaucoup… ), la bourgeoisie francophone urbaine mentalement anglicisée, Charest, cet «exilé de l’intérieur» comme dirait René Lévesque, assure, depuis qu’il gouverne, les intérêts de sa clientèle au détriment de ceux de la majorité francophone.
Face à une opposition politique morcelée à l’Assemblée nationale — la divisionnite aigüe, mal bien connu des peuples en situation minoritaire comme le sont les Québécois — soutenu par la presse fédéraliste, sans rivale intellectuelle sérieuse actuellement au Québec ( exception faite du Devoir qui retrouve, à l’occasion mais pas toujours, le souffle de ses grandes années ), Charest peut aussi compter sur une Cour suprême dominée par des juges anglophones. Depuis l’adoption de la loi 101, les honorables la grignottent petit à petit, article par article, chaque fois que l’occasion s’en présente. C’est-à-dire le plus souvent quand les libéraux sont au pouvoir. Ou qu’un organisme anglo lui crie au secours.
Mais patience. On peut être sûr que si Madame sait garder le tempo, éviter les pelures de banane et sauver sa tête contre les «belles-mères» péquistes décaties et les factieux comme les Legault et Facal ( l’absence de solidarité du dernier envers les journalistes du Journal de Montréal en lockout depuis près de deux ans soulève de sérieuses questions sur son éthique de «lucide» ), le PQ abrogera cette loi infâme. Comme René Lévesque en son temps avait expédié aux oubliettes de l’histoire la loi 22 et ses tests linguistiques imposés aux enfants d’immigrants non-anglophones pour accéder à l’école anglaise. Des tests qui n’étaient rien d’autre que l’une de ces «gimmicks» discriminatoires dont les libéraux ont le secret pour ne pas faire ce qu’ils devraient faire, une tricherie que la loi 115 appelle pompeusement aujourd’hui le «parcours authentique». Essayez donc, chère Christine, de définir ce terme sans nous faire rire, pour voir…

Pierre Godin.

Publicités

Responses

  1. Bonjour Pierre

    Je découvre ton site. J’aime bien ton commentaire sur facal et le J de M…

  2. Bien envoyé Pierre, tu n’as pas perdu la main.
    Pauline Marois a bien besoin que tu «rentres tes batteries» alors même qu’elle est attaquée de tous côtés, à droite (Legault, Facal, la grosse Presse) et à gauche (SPQ Libre) et par de jeunes impatients irresponsables. Mais la tempête va passer, comme tant de fois au PQ, depuis le temps où René Lévesque en était le chef – comme tu nous l’a si bien raconté dans tes bouquins. Pauline Marois en sortira plus forte et elle va garder le cap sur la souveraineté mais pas n’importe comment. Vivement qu’on «débarque» les libéraux de Jean Charest et qu’on passe aux choses sérieuses.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories