Publié par : paysdesmasques | samedi, 20 novembre 2010

Cossette à Toronto : le retour des porteurs d’eau

Alors que le Québec n’arrive plus à retrouver son souffle, asphyxié qu’il est par les effluves puantes de la corruption politique des libéraux de Jean Charest, un articulet dans la page financière du Devoir m’a fait sursauter. Son titre : «Cossette sera dirigé depuis Toronto». Encore un ! que je me suis dit. Bientôt, c’est le Québec tout entier qui sera dirigé de Toronto ! Plus besoin alors de gouvernement «provincial». À bien y penser, ce ne serait peut-être pas une si vilaine affaire vu la médiocrité absolue et l’immoralité béante de ceux et celles qui nous gouvernent actuellement…
Après la Bourse de Montréal vendue deux fois plutôt qu’une à Toronto sans que la presse ne rouspète ( merde aux nostalgiques du passé ! a même écrit un chroniqueur financier du Devoir à l’adresse de Jacques Parizeau scandalisé par cette braderie ), après la perte de poids lourds comme Alcan, Abitibi, Provigo, pour ne nommer que ceux-là, et la cession de l’exploitation du gaz de schiste à l’Alberta, la «vente de garage» continue.
La boutique Québec bâtie sous la Révolution tranquille ferme peu à peu ses portes. Après une génération d’audacieux et d’imaginatifs, les Québécois francophones retournent à leur statut traditionnel de porteurs d’eau, de numéros deux. Dans l’indifférence générale d’un peuple qui, ne l’oublions jamais, a refusé, aux référendums de 1980 et 1995, de diriger lui-même ses affaires, préférant continuer de «survivre» dans la dépendance politique et financière du Canada anglais, d’être à la botte de la coalition Toronto-Ottawa, tout en continuant de quémander, de se plaindre et de se vautrer dans la corruption, car c’est là, n’est-ce pas, la routine quotidienne d’un peuple dominé qui ne s’appartient pas.
Le cas Cossette Communication est exemplaire. Il s’agit d’une entreprise performante fondée ici et dirigée ici depuis sa création, il y a près d’un demi siècle. On se souviendra que l’année dernière, un cadre de Cossette (le groupe Cosmos), avait tenté en vain de racheter l’entreprise pour en garder la propriété et la direction ici. Proposition tuée dans l’oeuf par ses propriétaires-actionnaires qui, étrangers à tout sentiment d’appartenance, ont préféré dilapider ce fleuron du patrimoine financier québécois au profit des Américains qui, aujourd’hui, en confient la direction et le contrôle à Toronto plutôt qu’à Québec ou Montréal. Le lampiste francophone de la nouvelle firme torontoise, Claude Lessard, avoue sans état d’âme : il est logique que le nouveau grand patron de Cossette (le Torontois Brett Marchand), soit établi à Toronto… Et de préciser candidement qu’il restera quand même des «bureaux» à Québec et Montréal car «nos racines sont très québécoises…». Oh yeah !
À quand le tour des Bombardier, Desjardins, Rona, Jean Coutu ou Cascades ? Ouvrons l’oeil, car les prédateurs du capitalisme globalisé rodent et ils trouveront toujours ici des cupides pour cramer le patrimoine.

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Responses

  1. Monsieur Godin,

    Il m’apparait important, au bénéfice de ceux qui vous lisent, de rectifier certains des faits que vous énoncez dans votre billet. D’abord, il est vrai que Cossette est un beau modèle d’entreprise d’ici, qui a été fondée et qui a grandi chez nous. D’ailleurs, sachez que le siège social de Cossette a toujours été et restera dans la ville de Québec. Le fait que Brett Marchand, soit nommé président et chef de la direction de Cossette et que sa famille réside présentement à Toronto puisqu’il était jusqu’à ce jour, le dirigeant de Cossette dans ce marché, ne permet aucunement de conclure à un déménagement de notre siège social dans la Ville Reine. Notre siège social demeure dans la capitale québécoise et cette nomination n’y changera rien. Les services centraux d’un siège social (la direction des finances, de la stratégie d’entreprise et la coordination mondiale des services juridiques, des communications et des ressources humaines) sont et demeureront à Québec.

    Est-ce que vous avez déjà entendu parler de l’avion, des conférences téléphoniques, des conférences vidéo, des conférences Web (Webex), et de mille et une autres façons pour un dirigeant de communiquer et échanger avec ses collègues?

    Par ailleurs, lorsque vous rappelez l’épisode « Cosmos », vous omettez de préciser que ce groupe était également financé dans une très large proportion (position dominante) par des investisseurs américains et rien ne peut prouver, aujourd’hui, que les partenaires québécois de Cosmos auraient éventuellement racheté l’entreprise pour garder la propriété et la direction ici, comme vous l’entendez. D’ailleurs, sachez que depuis la venue de notre partenaire Mill Road Capital en décembre dernier, la structure de capital a déjà passablement changé et qu’aujourd’hui, un groupe de cadres et dirigeants de Cossette possède 45 % de l’entreprise.

    Nous sommes bien loin de vouloir retourner, comme vous le soutenez, au statut traditionnel de porteurs d’eau. Cossette a annoncé une restructuration la semaine dernière en vue de poursuivre sa croissance et de s’ouvrir davantage sur le monde. Vision7 International (www.vision7international.com), nouveau holding qui chapeaute maintenant Cossette et Esprit de Corps Communications, vise d’abord et avant tout à permettre aux talents et aux créatifs d’ici, de se faire valoir sur la scène nationale et internationale. Cette décision reflète la vision d’une nouvelle génération de propriétaires-gestionnaires qui veut à la fois maintenir la position de leader de Cossette au pays, tout en accélérant la croissance de ses activités internationales qui représentent déjà 45 % de ses revenus totaux. Ce nouveau holding, de qui relève Cossette, est dirigé par M. Lessard et son siège social est à Québec, comme celui de Cossette.

    Finalement, les employés québécois de Cossette représentent toujours plus de 50 % des employés au Canada et près de 30 % des employés à travers le monde. Il me semble qu’au lieu de dénigrer une telle situation, nous devrions nous réjouir qu’une entreprise canadienne, d’origine québécoise, soit la 25e plus importante au monde dans son domaine.

    J’espère que vous permettrez à vos fidèles lecteurs d’accéder à cette information.

    Marcel Barthe
    Vice-président stratégie d’entreprise
    Vision7 international
    Québec

    P.S. Il faut être passablement culotté pour traiter celui qui fut une des 5 premiers fondateurs de cette entreprise en 1974 à Québec et qui la dirige encore aujourd’hui (en tant que patron de Vision7 international et donc du nouveau président et chef de la direction de Cossette) à partir du siège social de Québec, de lampiste. Vos lecteurs devraient se demander qui a le plus fait rayonner le Québec au Canada et à l’étranger, qui, a le plus fortement contribué à faire rejaillir le talent de créatifs québécois et qui, aura permis l’éclosion de retombées économiques importantes pour de nombreux partenaires québécois, par son rôle dans notre collectivité.

  2. Bonjour monsieur Barthe,

    Ne vous fâchez pas, je l’ai été encore plus que vous en lisant dans la presse que Cossette serait dirigé de Toronto. Ne nous racontez pas d’histoire, Cossette Communication n’est plus québécoise, mais américano-ontarienne. Elle a été vendue il y a un an, non ? Vous avez beau dire que le siège social restera à Québec, permettez-moi d’en douter. Sur papier peut-être, mais dans la réalité ? Le siège social d’une entreprise se trouve là où est la direction et le contrôle. Et de l’aveu même de monsieur Lessard, dorénavant, ça va se passer à Toronto.
    C’est comme pour Alcan bouffée par Rio Tinto. Il y a encore des bureaux d’Alcan à Montréal et au Saguenay, mais les décisions se prennent ailleurs, chez Rio Tinto. Ce n’est plus Alcan, mais Rio Tinto-Alcan. Heureusement, certaines de nos firmes très actives dans le grand monde gardent leur centre de décision et de contröle ici. Un bon exemple : Power Corporation. Le siège social — le vrai — de Power Corporation et les bureaux de Paul Desmarais sont à Montréal, pas à Toronto. Même chose pour Bombardier.
    Croyez-moi, ce n’est pas dénigrer Cossette Communication que de se désoler et de se scandaliser de voir que ceux qui l’ont fondée et développée acceptent de se vendre ou de céder la réalité du pouvoir à Toronto, comme tant d’autres entreprises québécoises. Ce qui attend Cossette Comunication est prévisible : l’appellation va, comme celle d’Alcan, s’évanouir peu à peu dans le paysage, rapetisser, disparaître… Avec le temps, le nom de Cossette, et une partie de son appartenance et de son identité québécoises, se sera plus qu’un souvenir. Je ne vous félicite pas pour le choix de vos nouveaux noms : Vision7International, sûrement une traduction de l’anglais, et ce bizarre Esprit de Corps, tant qu’à faire, pourquoi pas Grand Corps Malade !
    Je vous donne un exemple qui m’a frappé, même s’il n’est pas de la même importance que Cossette. Il y a quelques années, mon fils a développé avec des collègues une startup, comme on dit, dans le domaine des logiciels d’accès. Leur entreprise a grandi, si bien qu’elle a commencé à empiéter sur le terrain d’une entreprise de Californie qui, leur promettant mer et monde, l’a achetée pour la faire «grandir» encore plus, qu’ils disaient. Elle n’existe plus aujourd’hui. L’acheteur a commencé par réduire ses activités, déménageant peu à peu certaines de ses tâches à Toronto et à Vancouver, avant de fermer finalement la barraque. Ses cadres qui ne voulaient pas suivre ont dû se chercher du travail ailleurs.
    Pourquoi faut-il quand il y a association, vente ou fusion avec des firmes de l’extérieur, que ce soit toujours celles d’ici qui en fassent les frais ? Le «vrai» centre de décision du nouveau Cossette n’aurait-il pas pu être ici plutôt qu’à Toronto ?
    Enfin, vous vous offusquez de l’emploi du mot lampiste pour désigner monsieur Lessard. Prenez votre dictionnaire et vous verrez que le mot lampiste signifie subalterne. À moins qu je ne connaisse rien dans votre structure de direction, il me semble que le nouveau grand patron de Cossette, de l’aveu même de monsieur Lessard, est Brett Marchand, non ? Monsieur Lessard est donc son subalterne. Pierre Godin


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