Publié par : paysdesmasques | lundi, 13 décembre 2010

Gaz de schiste : il faut ressusciter SOQUIP

À la lumière des réactions suscitées par mon blog précédent ( Gaz de schiste : qui partira avec la caisse ? ), je réalise que ni l’industrie ni les écolos ne s’opposeraient à une intervention décisive de l’État québécois dans la mise en valeur de cette source d’énergie dont le Québec aura besoin tôt ou tard. Mais le drame, c’est que dans ce dossier comme dans d’autres, la marque de commerce du gouvernement Charest est le laxisme et le laisser faire. Faut-il alors s’étonner si ce gouvernement a remisé aux oubliettes la société d’État qui pourrait prendre le taureau par les cornes et mettre de l’ordre dans le chaos et le tapage actuels ?

SOQUIP ( Société québécoise d’initiative pétrolière ), ça vous dit quelque chose ? Si vous avez vécu la Révolution tranquille, assurément. Mais si vous êtes né après les années 60, probablement pas. Chose certaine, ce n’est pas l’école, avec ses historiens plus fascinés par l’industrie du bas de soie au XVIe siècle que par l’histoire du Québec, qui vous aura appris ce qu’elle est. Créée à la fin des années 60 par le gouvernement Bertrand et relancée après 1976 par le gouvernement Lévesque, SOQUIP ambitionnait d’être pour les hycrocarbures ce qu’était Hydro-Québec pour l’électricité et la Société québécoise d’exploration minière (SOQUEM) pour les mines : une sorte de maître d’oeuvre, mais sans l’étatisation, de l’exploitation du pétrole et du gaz dont on savait déjà qu’ils dormaient sous nos pieds ou sous les eaux moutonneuses du golfe Saint-Laurent.

Malheureusement, peu valorisée par les gouvernements et victime des moqueries des « p’tits Jos connaissant » qui n’arrivaient pas à imaginer que la belle province puisse un jour devenir l’Alberta du gaz naturel, elle a jeté l’éponge en 1984, sous un gouvernement du Parti québécois, après avoir conclu que tout cela n’était qu’un beau rêve. On a manqué de patience et de résilience, les libéraux de Jean Charest achevant l’œuvre de mort en faisant avaler SOQUIP par la Société générale de Financement, elle-même bouffée à son tour par Investissements Québec. Si bien qu’aujourd’hui, vous trouverez peut-être encore son nom dans le registre des sociétés d’État québécoises, mais ne cherchez pas à savoir ce qu’elle fait, car elle n’est plus qu’un fantôme.

Pourtant, au moment où se prépare la grande curée, nous aurions besoin d’un organisme d’État crédible et actif pour veiller à ce que tout se passe correctement, sans que notre portion de la planète bleue n’en souffre, et pour voir aussi à ce que la population, à qui appartient cette richesse, récolte sa juste part des bénéfices découlant de sa mise en valeur.

Il ne faut pas se surprendre de l’ineptie du gouvernement libéral dans ce dossier capital pour la sécurité énergétique du Québec de demain, ni du flou de la position du PQ de Pauline Marois, pour autant qu’on arrive à lui en trouver une. La principale contribution des libéraux aura été de livrer contre des prunes la « clé du royaume », comme disaient, de l’électricité, les révolutionnaires tranquilles des années 60, aux pétrolières de l’ouest du pays, renforçant encore la dépendance énergétique de la province vis-à-vis l’Ouest canadien. Ce qui ne devrait pas trop déplaire à Jean Charest, le moins québécois de tous nos premiers ministres, qui gère le Québec en rêvant d’une carrière pancanadienne. Aujourd’hui, pour les hydro-carbures, le Québec est aussi prisonnier de l’Alberta que l’Europe de l’Ouest, du gaz russe.

Quant au PQ, faisant peu de cas de l’héritage de son fondateur, ardent propagandiste de l’idée selon laquelle tout ce qui dort sous nos pieds appartient à toute la population et que c’est à l’État de voir à ce qu’elle en retire le maximum de dividendes, il s’est mis à la remorque des écolos et se contente de réclamer lui aussi un moratoire.

Selon les initiés, il ne faut pas compter sur le PQ pour réanimer SOQUIP dont le Québec aurait bien besoin, non seulement pour encadrer la mise en valeur de la précieuse ressource, mais pour épauler financièrement ou autrement les deux ou trois compagnies québécoises qui font face aux poids lourds de l’extérieur. Ainsi, Junex, qui détient plus de 30 pour cent des permis des fameux schales d’Utica découverts en 2008 (au grand dam des anciens artisans de SOQUIP), s’inquiète-t-elle de son avenir.

Si la ministre Nathalie Normandeau, cette habile démagogue capable de défendre une chose et son contraire, continue d’assister, en se tenant derrière l’épaule gauche du premier ministre, au pillage programmé de notre gaz naturel par les autres, tôt ou tard, les gros poissons d’ailleurs dévoreront les petits poissons d’ici. Déjà, la rumeur court que la pétrolière Total n’attend que le bon moment pour bouffer Junex. Une junior qui a tenu le fort durant dix ans en ramassant les permis d’exploration dont personne ne voulait, car aucune autre compagnie n’osait alors miser sa chemise sur la découverte de gisements gaziers d’importance dans les basses terres du Saint-Laurent. Pierre Godin

Publicités

Responses

  1. Hier, vu au cinéma (avant le début du film) une superbe publicité de Total. Je me demandais pourquoi parce que je ne leur connaissais aucune activité chez nous. Peut-être venez vous d’éclairer ma lanterne.

    • Monsieur Trépanier, c’est une information qui me vient du milieu de l’industrie, faudra voir si c’est sérieux. P.G.

  2. M, Godin, bonjour,

    Je vous fais parvenir les liens de deux textes que j’ai écrits pour Vigile sur le sujet que vous abordez aujourd’hui.
    http://www.vigile.net/Filieres-filons-et-filous
    http://www.vigile.net/Surtout-pas-le-modele-americain

    Salutations cordiales

    Richard Le Hir

    • Je vais certainement lire vos articles, Richard Le Hir. Merci de me les avoir signalés. P.G.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories