Publié par : paysdesmasques | samedi, 25 décembre 2010

Marois a raison: deux mandats de cinq ans, c’est bien assez long !

Il n’y pas si longtemps encore, lorsqu’une nouvelle idée surgissait dans le paysage, on écarquillait les yeux, curieux et émerveillés à la fois. On ne claquait pas la porte au nez du proposeur, on donnait la chance au coureur, on demandait à voir. Aujourd’hui, dans ce Québec qui suinte le conservatisme d’une droite dont la seule originalité idéologique consiste à singer les autres ( Ah l’influence du Tea Party de Sara sur nos adéquistes et peut-être même sur nos legaultistes ! ), la première réaction de nos «notoires» et des médias qui, comme on le sait, sont censés refléter l’air du temps, consiste à la ridiculiser, voire à la conspuer, sautant l’étape de la réflexion. C’est là le signe d’une société arrêtée, frileuse, statufiée, qui régresse dans l’ancien au lieu de progresser dans le renouveau.

Pourtant, quoi de plus normal et de plus sain dans une démocratie qui aspire à l’intégrité et au renouvellement de ses dirigeants que de limiter les mandats des élus, comme le propose Pauline Marois au grand dam des habitués et des profiteurs des régimes politiques de longue durée ? Bon dieu ! Il suffit de regarder autour de soi et au-delà de la frontière pour en voir la nécessité : les gouvernements les plus longs sont les plus arbitraires, les plus corrompus, les plus nuisibles à la bonne santé d’une société. Dans les démocraties qui se respectent, comme aux États-Unis ou en France, pour n’en nommer que deux, il est interdit à un même chef de l’État de faire plus de deux mandats consécutifs de cinq ans. Même dans une pseudo démocratie, comme celle de la Russie, on a vu Poutine jeter l’éponge, malgré son envie à peine déguisée de coller sur son siège après avoir géré l’État pendant dix ans au profit de sa clique d’oligarches et de nouveaux riches.

Pourtant, nos élus et nos faiseurs d’opinions ont vite écarté du revers de la main, ou de leur plume numérique, la réforme de Pauline en susurrant notamment que ce qui convient dans un régime présidentiel, comme celui des Etats-Unis ou de la France, ne convient pas nécessairement dans un régime parlementaire comme le nôtre. Ah tiens donc ! Et en vertu de quoi devrait-il en être ainsi, je vous le demande, sinon en vertu d’un réflexe profondément conservateur, d’un respect exagéré à l’égard des vaches sacrées et des traditions figées qui nécrosent la pensée ?

Comme dirait l’autre, dix ans, c’est bien assez long pour s’en mettre plein les poches. Dix ans, c’est bien assez long pour en arriver à confondre bien public et bien privé, sa chose personnelle avec celle des autres. Dix ans, c’est bien assez long pour gaver les amis du parti de plantureux contrats. Dix ans, c’est bien assez long pour croire que voler l’État, ce n’est pas voler. Dix ans, c’est bien assez long pour être tenté, le troisième mandat venu, de s’endormir au volant, de faire du surplace, de bloquer le changement, de finir par emmerder tout le monde et de devenir la victime d’une pétition en ligne !

Donc, après que notre Pauline nationale eût lancé sa nouvelle idée de limiter nos petits génies de la gouvernance publique à deux mandats consécutifs de cinq ans chacun, j’avais hâte de voir si cette dernière trouvaille allait subir le même sort que sa première. Rappelez-vous son fameux «Nous» identitaire qu’elle entendait placer au cœur de sa politique, peu après avoir été choisie comme chef du Parti québécois, et qui avait provoqué des hauts-le-cœur dans les chapelles fédéralistes, et même dans la mouvance souverainiste.

Je ne perdais rien pour attendre : levée de boucliers générale contre les deux mandats de cinq ans, tant de la part des élus provinciaux (On dirait que madame Marois veut se protéger contre elle-même… ) que des élus municipaux (Cette idée n’aura pas une longue espérance de vie… ), des penseurs ( Ce n’est pas parce qu’on s’incruste au pouvoir qu’on devient corrompu, après tout c’est au début de son mandat que le maire Vaillancourt aurait tenté de soudoyer Serge Ménard… ), des journalistes (Votre proposition sent l’improvisation, madame Marois, faudrait pas s’égarer… ).

J’avoue que j’ai tout aussi hâte à présent de voir si le concert de gémissements que lui a valu sa nouvelle idée ne va pas la faire rétropédaler ici aussi, comme ce fut le cas pour son «Nous», dont elle n’ose plus assaisonner ses discours à la nation parce que certains ont brandi l’amalgame de la xénophobie. Pierre Godin

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