Publié par : paysdesmasques | lundi, 20 juin 2011

Coalition pour l’avenir…de François Legault : l’art de se tirer dans le pied en partant

Il y a bien des façons de fonder un nouveau parti politique voué à prendre l’eau. L’ADQ de Mario Dumont avait la sienne qui consistait à inventer chaque week-end des fins de monde pour faire peur aux Québécois. La démagogie tous azimuts a ses limites et les électeurs, pas si peureux que ça après tout, ont renvoyé très vite ce parti à la case départ en le condamnant à sa liquéfaction pure et simple dans la « Coalition pour l’avenir de… François Legault ». Coalition promise elle aussi à passer à l’état liquide plus rapidement que le voudrait son géniteur.
Et voici pourquoi. D’abord, si Gérard Deltell, chef actuel de l’ADQ, choisit de se fondre dans la coalition à François pour payer ses dettes, on peut être sûr que le ver sera dans la pomme. Deltell, et c’est humain, vivra mal son statut de second violon, après avoir été le premier, ne fût-ce que dans un mini-orchestre de quatre musiciens seulement. Sans vouloir faire preuve de cynisme, une « coalition pour l’avenir commun de François et de Gérard », c’est ce qui pourrait arriver de mieux à Pauline. Le grenouillage changera de camp…
Mais l’ADQ pourrait toujours s’entêter à ne pas disparaître et à poursuivre sa route en solo. Alors, ce qui fragiliserait François Legault, c’est sa volonté hautement et maladroitement affirmée de pousser sous le tapis la revendication historique qui est au coeur même de l’existence de la nation québécoise depuis 200 ans. C’est gros, c’est très très gros, comme programme politique… Il nous dit en somme : cachons ce sein que nous ne saurions voir.
Par pur électoralisme, François Legault opte pour la politique de la tête dans le sable. Politique qui se résume à enterrer les demandes historiques du Québec, même minimales, et à se contenter d’un avatar de fédéralisme renouvelé. Cette chimère qu’aucun premier ministre québécois n’a jamais réussi dans le passé à faire avaliser ni par Ottawa ni par le Canada anglais.
Plutôt surprenant venant d’un ex-bonze péquiste qui, en mai 2005, accouchait avec fanfare et trompette d’un document magistral sur les finances d’un Québec souverain! Baptisé pompeusement Budget de l’An 1, son auteur affirmait, comme vérité d’évangile, qu’un Québec indépendant dégagerait des surplus frisant les 17 $ milliards en cinq ans. François Legault a dû refaire ses calculs, car aujourd’hui, les milliards de l’indépendance se sont envolés et son passé d’ex-député souverainiste aussi ! Bien sûr, seuls les fous ne changent pas d’idée, mais il est un peu girouette, notre François, non ?
Ce qui est amusant aussi, c’est de le voir reprendre à son compte la posture de Mario Dumont. On se souvient qu’au moment de son éphémère conquête du titre de chef de l’Opposition officielle, Mario s’en alla à Toronto promettre aux ploutocrates du lieu qu’avec lui au pouvoir, le Québec serait sage comme une image. Ceux-ci pourraient dormir sur leurs deux oreilles : finies les revendications nationalistes, fini le chialage, finis les cris d’orfraie contre la fédération canadienne, cette bonne mère qui s’était montrée si patiente et si généreuse envers la province française.
Comme Dumont avant lui, le nouveau prophète Legault ne veut voir dans sa boule de cristal ni problèmes ni conflits avec Ottawa ou Toronto durant les dix prochaines années. On est mort de rire, on a envie de se taper sur les cuisses. Malheureusement, il n’est pas le premier politicien québécois au pouvoir, ou s’en approchant, à envoyer aux fédéraux un message non pas de paix, mais de soumission.
Cette stratégie de l’ombre ne peut que convenir à l’éditorialiste de La Presse, André Pratte, hanté comme il l’est ( notamment dans son dernier blog ) par le spectre d’une chicane Ottawa-Québec, susceptible de fournir du carburant aux séparatistes de Pauline. Legault, qui peine à recruter des gros noms, devrait embarquer André dans sa galère. Des «lucides» de Lucien aux illusionnistes de François, le fossé n’est pas si profond.
Comprenons bien : avec François au pouvoir, les Québécois se coucheront pour dix ans. Ils ne s’occuperont plus de leur destin, mais du «reste» : économie, éducation, santé, culture, etc. Or c’est ce reste dont ils s’occupent déjà depuis fort longtemps d’ailleurs, qui risque de provoquer des collisions avec le fédéral. L’histoire des 50 dernières années le prouve abondamment. Car Ottawa s’occupe lui aussi d’économie, d’éducation, de santé et de culture, quitte à écraser les compétences de la province. Et c’est justement le choc entre la vision québécoise et la vision canadienne qui crée les conflits. La politique de l’autruche n’évacue pas les « problèmes », elle les empile.
Je connais un autre homme politique québécois qui, comme Legault, a abdiqué devant Ottawa. Jean-Jacques Bertrand, cet honnête et candide premier ministre de la fin des années 60, croyait aux miracles. Il est mort discrédité. Aussitôt sur le trône, il avait proclamé haut et fort son fédéralisme inconditionnel et, comme François aujourd’hui, avait juré ses grands dieux qu’il ne voulait plus de chicanes nationaleuses avec Ottawa. Il avait, disait-il, des « problèmes plus urgents » à régler que cette constitution et les autres amusettes de même nature… qui ne tiennent après tout qu’à l’existence même des peuples et des nations.
Or Jean-Jacques n’eut guère le temps de s’attaquer aux « vrais problèmes », comme il disait, avant François aujourd’hui. En effet, Pierre Trudeau, le premier ministre fédéral du temps, croyait, lui, à l’importance des constitutions et autres documents qui définissent les rapports entre les citoyens d’un pays et leurs gouvernements. Il roula le candide JJB dans la farine. Et pourquoi? C’est qu’avant de négocier, celui-ci, comme Legault aujourd’hui, s’était désarmé en proclamant son fédéralisme inconditionnel et son désir de s’entendre coûte que coûte avec Ottawa pour éviter les «chicanes». Le dernier des politicologues fédéralistes admettrait que lorsqu’une minorité fait face à une majorité, comme c’est le cas du Québec dans le Canada, elle doit bâtir un rapport de force, non s’écraser. Jean-Jacques, Mario et François, même stratégie humiliante de perdant, même cul-de-sac appréhendé.
Pierre Godin

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