Publié par : paysdesmasques | lundi, 4 juillet 2011

Le raté des bourses de Londres et Toronto:la vengeance est douce au cœur de l’Indien…québécois

Il s’appelle Luc Bertrand, l’homme derrière le groupe financier Maple qui vient de faire avorter le mariage forcé des bourses de Londres et de Toronto. Mariage qui aurait inclus, suspendue aux basques de la dernière, la succursale de Montréal. Il faut dire que Bertrand, ex-patron de la bourse de Montréal, en devait une aux dirigeants de la bourse de Toronto (le groupe TMX). En 2008, il s’est fait baiser par eux quand il a accepté que sa bourse tombe sous la coupe de Toronto. On lui avait fait miroiter la direction des bourses fusionnées de Toronto et de Montréal. C’est l’Américain Thomas Bloet qui a gagné le gros lot.
Ce cocuage en rappelle un autre, plus récent. Celui de Cossette Communications, ce fleuron de l’entrepreneurship québécois passé sous la botte de Toronto par le biais d’une vente aux Américains qui en ont confié la direction à un Torontois, plutôt qu’à un Québécois. Et voilà, madame, pourquoi votre fille québécoise est doublement muette !
Une façon de voir le fiasco Londres/Toronto, c’est de tenir compte non seulement des intérêts et des motivations des entreprises, mais aussi des individus. C’est celle que je préfère. Et j’aime penser que les Québécois, et plus particulièrement Luc Bertrand, n’y sont pas étrangers. Ce dernier est porte-parole et chef d’orchestre du groupe canado-québécois Maple qui, après avoir contesté la fusion Londres/Toronto, offre maintenant d’acheter la bourse de Toronto. Une douce revanche pour l’Indien Bertrand. Œil pour œil, dent pour dent…
Regardez la liste des institutions financières québécoises qui font partie de Maple. Les gros joueurs ne manquent pas : Desjardins, Caisse de dépôt et placement, Banque Nationale, Fonds FTQ, notamment. Ils se sont associés à des groupes canadiens de calibre comme l’assureur Manuvie, la Banque Scotia et Teachers, puissante caisse de retraite des enseignants de l’Ontario qui a bien failli bouffer Bell il n’y a pas si longtemps encore. À noter : l’absence de la Banque Royale et de la Banque de Montréal, celle-ci n’étant plus montréalaise que de nom depuis qu’elle a fui à Toronto, comme aussi la Banque Royale, quand René Lévesque a décidé de franciser Montréal, à la fin des années 70.
Mais, il y a une autre façon d’interpréter l’avortement du mariage des bourses de Londres et de Toronto, incluant l’annexe montréalaise. On peut voir la chose comme une stricte transaction financière qui a obéi à sa logique. Les actionnaires, cupides par définition comme tous les actionnaires du monde, seraient-ils bien servis par la fusion ? Les intérêts des groupes financiers en cause, le londonien LSE et le torontois TMX, seraient-ils assurés? Dans les deux cas, les dirigeants de la Bourse de Toronto ont conclu que oui. On suppose que la particule québécoise a dit oui elle aussi, bien que sa voix, devenue si fluette depuis sa dilution dans la bourse de Toronto, en 2008, ne s’entend guère depuis…
Quant à la délocalisation du contrôle et des prises de décision pouvant affecter les marchés canadien et québécois vers une Bourse étrangère, en l’occurrence celle de Londres, les dirigeants de la bourse de Toronto ont conclu : on s’en fout ! Tant pis si le gros bout du bâton sera dans les mains des Londoniens qui contrôleront 55 pour cent des actions du nouveau mammouth boursier, on s’en fout encore ! On n’est pas là pour défendre la souveraineté du Canada. Le nationalisme économique ou politique, ouste ! Ce n’est pas notre affaire. On est là pour faire des sous dans un monde globalisé, point à la ligne.
Dire que durant les années 80, Pierre Trudeau s’est battu pour proclamer l’indépendance du Canada en coupant les derniers liens de vassalité vis-à-vis de Londres ! Et on y reviendrait par le biais de l’économie et de la finance, au nom d’une sacro-sainte mondialisation contestable et de plus en plus contestée ?
Il faut croire qu’une moitié au moins des actionnaires du groupe TMX a jugé que l’OPA londonienne fricotée par le Français Xavier Rolet, pdg de la bourse de Londres, et l’Américain Thomas Kloet, pdg de celle de Toronto, n’était pas assez juteuse. Ils ont dit non.
Parmi ceux qui ont rejeté ce mariage forcé, se peut-il que l’argument voulant que l’offre de Londres mît en péril la souveraineté du Canada et du Québec sur leurs marchés financiers respectifs aient touché une corde sensible ? J’aime le croire. Si c’était vrai, je reviserais mon jugement sévère sur les actionnaires, pas tous cupides après tout et même conscients de leur appartenance nationale.
Mais sa victoire, Maple doit la consolider. Et là, on peut être certain que la chicane va pogner. Déjà, au lendemain du flop de son grand rêve de voir la bourse de Toronto avalée par celle de Londres, l’Américain Thomas Kloet, celui-là même qui avait piqué le poste de grand patron à Luc Bertrand, a prévenu les gens de Maple : « Nous sommes ouverts à d’autres propositions que celle de Maple… » Comme mauvais et vindicatif perdant, difficile de faire mieux!
Et un plumitif de la page financière de La Presse, le canard de Power Corporation qui, en passant, est resté à l’écart du consortium québécois, d’en rajouter : « Des écueils en vue pour Maple… » Ah, oui ! quels écueils ? Mais la concentration, stupide ! Maple ferait injure au dogme de la nécessaire concurrence. Curieux que nos médias n’aient pas brandi l’argument contre le consortium de TMX qui concentrait en son sein les deux plus importantes banques du pays, la Banque Royale et la Banque de Montréal. L’avenir nous dira si la victoire de Maple et de Luc Bertrand n’aura été qu’une victoire à la Pyrrhus.

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