Publié par : paysdesmasques | mardi, 22 mai 2012

Les étudiants face à un premier ministre traqué, détesté, toxique, autoritaire

  

A  beau mentir qui vient de loin. Lui, il ne vient pas de si loin. De Sherbrooke où il aurait dû rester, car il avait la stature idéale pour en devenir le maire. Ou mieux, il aurait dû demeurer à Ottawa malgré son fiasco comme chef substitut du Parti conservateur fédéral. Car son grand rêve, c’était de devenir premier ministre du Canada. Être celui du Québec n’est qu’un pis-aller pour lui, un prix de consolation. Et ça paraît.

La manière désinvolte, arrogante, irrespectueuse, autoritaire et partisane, faite de demi-vérités, de maquillonnages, de compromissions, de favoritisme et de corruption, avec laquelle il nous impose sa présence à Québec depuis trop d’années en est l’illustration parfaite. Servant avant tout les intérêts de ceux qui l’élisent, les anglophones et les ploutocrates francophones mentalement anglifiés qui le financent, lui et son parti, encaissant revenus, primes et bonus scandaleux à la limite de la légalité, mais sûrement immoraux.

Ceux-là mêmes qui lui ont promis secrètement un supplément salarial pour lui assurer un standing décent, sa rémunération de chef d’État de province ne suffisant pas à satisfaire ses impérieux besoins. En plus de lui dénicher une luxueuse résidence, à Westmount, seule ville du Québec à violer impunément la signalisation routière française. Et ce n’est pas lui, ni sa ministre responsable de la langue, Christine Saint-Pierre, qui en feraient un drame.

Une fois son bien-être matériel assuré, il a fini par oublier son grand rêve de sauveur de l’unité canadienne avec un Québec ligoté dedans. Il faut dire qu’il n’a pas eu le choix. Ses bâilleurs de fonds fédéralistes lui en ont trouvé un autre, plus modeste, mais plus urgent, en lui mettant le couteau sur la gorge : si jamais, il nourrissait quelque velléité de refaire carrière au fédéral, il devait d’abord  arracher le Québec aux griffes des « séparatistes ».

Pour la presse anglo, du Calgary Herald jusqu’à l’Ottawa Sun, c’était un « devoir patriotique » pour lui d’aller à Québec. Le mot « patriotique » s’entendant naturellement au sens canadian du terme, non québécois. Encore que pour les fayots de notre presse, comme celle du grand seigneur de Sagard, c’était faire œuvre de patriotisme québécois que d’écraser ceux et celles qui travaillent à rendre leur nation souveraine.

Notre petit grand leader répondit donc : « Scout toujours, prêt ! », comme ces ados de Sherbrooke d’autrefois enrégimentés dans la troupe de Baden-Powell. Que la province, qu’il gouverne à la godiche depuis qu’il est là, n’ait jamais signé la constitution de 1982 imposée au Québec par Pierre Trudeau avec l’accord des provinces anglaises, il s’en tape. Qu’elle vivote dans les limbes d’un pays qui la tolère à peine, il s’en tape encore. Qu’elle ne fasse plus partie, constitutionnellement parlant, du pays mythique qu’il idéalise, il s’en fout tout autant. Il est imperméable à l’humiliation nationale depuis qu’il a accepté, très jeune, son statut de porteur de valises de la Confédération canadienne.

Rien ne l’ennuie autant que de devoir se battre pour l’avenir de cette province française qu’il anglicise sous la pression de son électorat anglophone depuis qu’il la gouverne. Cet homme n’aime pas vraiment le Québec français ni les Québécois francophones envers lesquels il n’éprouve pas tellement d’empathie. Il voudrait tellement être ailleurs. À Ottawa où, comme Trudeau et Chrétien avant lui, il aimerait tant faire la politique du Canada anglais, même en sacrifiant les intérêts de sa province.

Aussi ne répugne-t-il pas à pratiquer la politique du pire à nos dépens, celle de la matraque policière et du viol des libertés démocratiques, comme Trudeau et sa loi des mesures de guerre avant lui. Comme Chrétien qui mijotait, paraît-il, d’écraser militairement l’indépendance si le oui l’avait emporté au référendum de 1995. Mais, rare moment de bon sens chez lui, plutôt que la manière forte, Chrétien s’en est remis aux fraudeurs d’élection et à la cupidité naturelle de ses alliés pour faire gagner le non, par la peau des dents.

La politique du pire, c’est celle que notre premier ministre a choisie lui aussi, plutôt que le dialogue et le compromis, refusant même, en véritable autocrate gagné par la tentation autoritaire, de serrer la main de ses juges du moment, les étudiants qui maudissent son nom avec raison.

Tout ceci pour dire que, quand on n’aime pas être celui qu’on est, quand on n’aime pas faire ce que l’on fait, quand on se voit plus grand que la réalité, quand on aurait aimé faire autre chose de sa vie, on en vient à se ficher de tout, sauf de l’enrichissement des amis du parti et des généreux commanditaires du privé. On devient un médiocre chef d’État capable des pires vilenies, comme massacrer les droits fondamentaux, avec le mot démocratie à la bouche, tel un despote oriental.

Bref, quand on s’appelle Jean Charest, on prend à la légère des choses capitales, comme l’éthique politique. On est mou du genou avec les profiteurs et les prédateurs financiers, à commencer par les firmes de génie-conseil, les gros entrepreneurs liés à la mafia et les minières étrangères qui bradent nos richesses naturelles. Mais on est sans pitié avec les petits qui ont des rêves et des principes, et c’est le cas des étudiants québécois qui ne sont à ses yeux que de minables petits rigolards séparatistes qui se promènent tout nu dans les rues avec leurs carrés rouges en menaçant de faire tomber son gouvernement aux pieds d’argile.

« Son gouvernement », plutôt cette sorte d’épave libérale corrompue qui n’a plus à Québec qu’un seul allié : l’ADQ-Bis du démago François Legault à qui on a vu pousser, à la faveur de la crise étudiante, le groin d’un politicien autoritaire partisan d’un État policier qui frappe, mais ne discute pas. Dieu que Duplessis doit jouir dans sa tombe, lui qui envoyait sa police matraquer les grévistes à chaque conflit ouvrier plutôt que de négocier avec eux ! Ça vous rappelle quelqu’un…?

Pierre Godin

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Responses

  1. très bel article, monsieur Godin, enfin un article descriptif sur l` homme que beaucoup haìsse et que d autres répète tout ce qu il dit à défaut de n y rien comprendre.


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