Publié par : paysdesmasques | jeudi, 30 août 2012

Élections 2012: le 4, le scénario du 15 novembre 1976 risque de se répéter, le parfum du grand soir en moins

  On dit que l’histoire ne se répète pas. Trop vite dit. Pour la raison toute simple que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Pour comprendre la débandade guettant aujourd’hui les libéraux de Jean Charest, il est intéressant de tracer un parallèle avec la défaite dévastatrice de Robert Bourassa aux élections de novembre 1976 qui ont permis à René Lévesque de se hisser au pouvoir. Certains d’entre vous se rappellent : « On n’est pas un petit peuple, mais quelque chose comme un grand peuple… » Une victoire historique qui avait donné aux Québécois leur premier gouvernement souverainiste.

  Lévesque faisait face alors à un contexte politique et social pas mal ressemblant à celui auquel Pauline Marois est confrontée. Allons-y voir de plus près. Les leaders d’abord, que le pouvoir trop longtemps possédé débranche parfois de la zone terre.

Comme Charest, Bourassa avait gauchement précipité les élections alors qu’il lui restait un an à faire. S’il hâtait les choses au cours d’une campagne éclair, pariait-il, il prendrait René Lévesque les culottes baissées. Malgré une foultitude de feux rouges, il répétait à ses conseillers sceptiques que le jour du vote, dans la boîte, on voterait pour lui, pas pour les « séparatistes » qui voulaient détruire son beau grand Canada, auquel il ne tenait pas tant que cela en fin de compte.

Une erreur impardonnable qui lui coûta la victoire. Il s’illusionnait comme Jean Charest aujourd’hui qui a pris le risque d’aller au peuple en plein été, au milieu du ras-le-bol des étudiants sur lequel il misait pour faire peur au monde et détourner l’attention des médias de la partie mafieuse de son héritage. Il s’est fourvoyé lui aussi.

Sauf le noyau dur de La Classe et sa politique du pire, les étudiants dans l’ensemble ont été plus fins que lui. Ils ont fait preuve de maturité et d’habilité stratégique en observant une trêve électorale, le privant de son argument principal : la rue ! la rue ! la rue ! comme il le renâclait jusqu’à l’incantation pour intimider la foule et aiguillonner la presse. Une sorte de p’tit frère du slogan démago « PQ égale FLQ » des libéraux de Bourassa, en 1976.

Le 18 octobre de cette année-là, lorsque Bourassa déclenche les élections, il ne le réalise pas lui-même, mais il fait figure de leader usé à la corde après seulement six années à la tête de l’État. S’il perd, Charest pourra toujours se consoler en se disant qu’il aura « toffé » quatre années de plus que lui !

Le Bourassa de 1976 n’est plus que l’ombre du jeune leader fringant et ferré en économie des élections du 29 avril 1970 à l’issue desquelles, il a laminé les péquistes de Lévesque qui n’ont fait élire que sept députés. À peine six ans plus tard, Bourassa n’arrive plus à formuler d’idées nouvelles, se contentant d’une guerre de symboles et de slogans creux comme la « souveraineté culturelle ». Il s’aveugle sur ses chances de gagner. Les 100 000 emplois, la baie James, les Jeux olympiques, l’exportation de l’électricité aux États-Unis, c’était hier.

Mis à part son Plan Nord, auquel Charest s’accroche comme à une bouée de sauvetage, qu’est-ce que le chef libéral a donc de nouveau à nous offrir aujourd’hui ? Qu’on soit pour ou contre, les idées nouvelles viennent du PQ et de la CAQ.

Le parallèle ne s’arrête pas là. Car si les leaders influencent le vote, pour le meilleur ou le pire, leur comportement n’explique pas à lui seul la victoire ou la défaite. En 1976, le gouvernement libéral prête flanc à des accusations de corruption, comme celui de Charest aujourd’hui. Bourassa, le jeune leader aux mains propres d’avril 1970 a fait donner des contrats de plus d’un million de dollars à la société Paragon, propriété de sa femme et de son beau-frère qu’il a nommé ministre, au moment même où la commission d’enquête sur le crime organisé, la CECO, levait de beaux lapins : liaisons dangereuses entre des chefs mafieux et des membres de son gouvernement. Comme celles du ministre Pierre Laporte, exécuté par le FLQ lors de la crise d’octobre, surpris précédemment par les policiers en compagnie de chefs de la pègre. Sans parler des scandales à Loto-Québec et à la Société des Alcools où sévissaient l’ingérence politique, les pots-de-vin et des « actes carrément illégaux », selon la CECO.

Bref, comme aujourd’hui pour le gouvernement Charest, celui de Bourassa donnait l’impression d’un régime ancré dans les pratiques irrégulières, la corruption, le favoritisme, le népotisme et les alliances cyniques avec des éléments louches. Comme le grand caïd de la viande avariée, William O’Bront, qui avoua avoir fourni des sommes rondelettes à la caisse libérale. Tempête de corruption et de tripotage des fonds publics qui faisait dire à René Lévesque : « Dans ce climat de fou, tout peut arriver, même l’élection du PQ ! »

Autre parallèle saisissant : le climat social aussi perturbé sous Bourassa que Charest. Le « carré rouge » du premier, ce n’était pas les étudiants, mais l’agitation sociale des trois grandes centrales syndicales de l’époque ponctuée d’une violence telle que Bourassa avait dû se résigner à faire coffrer ses chefs, messieurs Laberge, Pepin et Charbonneau.

Enfin, toujours en novembre 1976, il y avait sur les rangs un troisième homme, Rodrigue Biron, le François Legault de l’époque. Ressuscité par Biron pour ramasser le vote des Anglos ulcérés par la loi 22 du gouvernement Bourassa — qui instituait des tests linguistiques pour les immigrés voulant aller à l’école anglaise —, l’ancien parti de Maurice Duplessis avait récolté pas moins de 18 pour cent du vote et fait élire 11 députés. Un empêcheur de tourner en rond qui avait permis au PQ de devancer les libéraux, privés d’une partie du vote anglo, et l’Union nationale, la CAQ d’alors. 

La loi 22, voilà une autre question qu’on peut rapprocher de l’élection actuelle. Cette loi contestée par les anglophones constituait un début de solution au problème capital de l’anglicisation des immigrés que la loi 101, votée plus tard par Lévesque, réglera en les envoyant tous à l’école française. Charest n’a pas osé aller contre la loi. Mais ce n’est pas l’envie qui lui manquait. De peur de susciter un tsunami chez les francos, il a plutôt adopté une politique de laisser-faire qui a suscité une montée progressive de l’anglais à Montréal, notamment. Puis, répondant aux attentes de son électorat ethnique, il a louvoyé pour contourner la loi 101, faisant voter des politiques invraisemblables, comme les écoles passerelles destinées aux immigrants riches rejetant l’école française. Et aussi, il a fait dispenser des cours d’anglais, plutôt que de français, aux immigrés pour qu’ils puissent soi-disant se trouver une bonne job à Montréal. Cette ville française où, sous le règne de Jean Charest, il fallait parler anglais pour travailler…

Enfin, comme Robert Bourassa avant lui, Charest a été mou du genou et a plié plus souvent qu’à son tour devant l’imperium fédéral dans une série de dossiers chauds : environnement, pollution, aérospatiale ( F-35, fermeture d’Avéos ), contrats navals et militaires accordés aux autres provinces, financement fédéral des réseaux hydro-électriques des provinces maritimes, diminution du poids politique du Québec à Ottawa, français en déroute au fédéral, juges unilingues anglophones à la Cour suprême, loi C-32 sur les droits d’auteur contraire aux intérêts de nos écrivains et artistes, etc.  La liste est longue.

Sans doute Charest a-t-il baissé les bras pour ne pas faire de « chicane  » avec Harper? Comme Bourassa qui n’en voulait pas lui non plus avec Trudeau et Chrétien. Obnubilé par des gains financiers à court terme, il s’est effondré devant Ottawa qu’il a laissé se doter de ministères et de commissions de contrôle dans les affaires urbaines, la science, les communications, la technologie et les richesses naturelles, domaines relevant pourtant de la compétence provinciale. 

François Legault a lui aussi horreur de la « chicane ». Tellement qu’il ne cesse de le répéter depuis le début de sa campagne. C’est sa façon de nous dire à l’avance qu’il laisserait Harper en faire à sa guise si les Québécois étaient assez fadas pour le porter au pouvoir.

 Pour paraphraser les Comboys fringants, libérez-nous des libéraux ! Et tant qu’à faire, des caquistes aussi !  Pierre Godin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

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