Publié par : paysdesmasques | mercredi, 30 octobre 2013

Report des élections : l’erreur historique de Pauline Marois

Report des élections : l’erreur historique de Pauline Marois

Allez comprendre! Comment se fait-il qu’un gouvernement minoritaire disposant d’un momentum favorable susceptible de lui procurer la majorité tant  désirée laisse passer le train ?

Pauline Marois recule selon son habitude, quand ça devient trop chaud. La peur de faire peur, une maladie bien péquiste… Elle parie que dans six mois ou un an, le PQ sera en meilleure position. Comme le disait jadis René Lévesque, le train ne repasse jamais deux fois.

Regardons les faits. D’un sondage à l’autre, la cote du gouvernement Marois prend du mieux. Certes, le taux de satisfaction n’est pas terrible, mais cela est dû pour une bonne part au fait que, minoritaires, les péquistes n’arrivent pas à gouverner vraiment, c’est-à-dire à imposer leur agenda. Ils s’agitent, pérorent, reculent, changent d’idée, se contredisent ou se dédisent.

Nommez-moi une seule grande législation digne de passer à l’histoire qu’on pourrait accoler à ce gouvernement ? L’école passerelle est toujours là, les immigrés continuent de s’angliciser, les redevances minières sont toujours aussi ridicules, le français n’en finit plus de perdre des plumes, la mise en valeur de l’énergie québécoise, à commencer par le pétrole et le gaz, s’enlise dans les sables mouvants du bitume albertain qui sourit à notre première ministre. On pourrait continuer la litanie des promesses brisées.

Les péquistes minoritaires en sont réduits à quémander la bénédiction des partis d’opposition pour passer des mesures somme toute mineures amputées de leur maigre viande rouge. Imaginez ce que serait sa popularité si un PQ majoritaire pouvait enfin faire adopter les réformes fondamentales promises durant la campagne!

Certes, les libéraux dominent le vote de quelques points. Mais on sait tous que, pour être élu, le PQ n’a pas besoin d’écraser le vote libéral à cause de la dispersion de son électorat à la grandeur de la province, alors que celui des libéraux se concentre dans les zones anglos et allophones, à Montréal essentiellement. Sans compter que l’effet d’entraînement d’une campagne électorale bien menée serait de nature à faire grimper encore le vote souverainiste.

Il semble aussi, selon les sondages toujours ( même ceux de Crop lié à La Presse et à Power Corporation qui depuis toujours sous-estiment le vote péquiste ), que la mal-aimée des médias, Pauline Marois, soit en voie de gagner peu à peu le cœur des Québécois, sinon de nos journalistes. Il ne lui reste plus, pour compléter sa conquête, qu’à retirer ses horribles « lunettes de soudeur » qui lui mangent la moitié du visage et dont l’affublent ses très avisés conseillers. À mon avis, notre première ministre devrait changer d’optométriste…ou de conseiller de l’image !

Plus sérieusement, parmi les facteurs favorables au gouvernement, il ne faut pas oublier non plus l’à peine existant Philippe Couillard. Pas élu et le placard rempli des rances rogatons de son ami et associé Arthur Porter, l’ex-administrateur du méga-hôpital anglo de Montréal accusé de fraude. Il serait stupide de laisser Couillard se refaire une beauté, de lui fournir l’occasion de rebâtir le Parti libéral et, surtout, d’attendre que les relents de la corruption libérale dont nous abreuve la commission Charbonneau ne nous scandalisent plus, la banalité du déjà dit ou du déjà entendu ayant fait son œuvre.

D’entendre Marois ou ses ténors répéter pour justifier leur surplace que les gens ne veulent pas d’élection ne me convainc pas non plus. Rien de nouveau là. Personne n’en veut, des élections, mais dès qu’elles sont déclenchées, on court tous aux nouvelles et, le jour du vote, aux bureaux de scrutin ! Plus grave, les mêmes ténors avancent l’idée que le gouvernement a trop de pain sur la planche pour aller en élection. Ils commettent la même erreur que les péquistes des années 1970.

On se rappelle, ceux-ci bredouillaient le même raisonnement pour repousser de quatre ans le référendum. Ils avaient laissé passer le momentum dont ils jouissaient dans les deux années suivant leur victoire de novembre 1976. À Québec, comme à Ottawa, les libéraux avaient été décapités par la démission de Robert Bourassa et de Pierre Tudeau. L’ennemi fédéraliste n’avait pas de chef solide à opposer à René Lévesque. Ils ont  laissé Trudeau effectuer un retour surprise en 1980, juste à temps pour le référendum.

Mais en repoussant de quatre ans le référendum, au motif d’un trop-plein de chantiers, les péquistes permirent à leurs adversaires de se remettre en selle. De plus, comme ils avaient eu le temps de se faire de nouveaux ennemis en gouvernant pendant quatre longues années, leur cote n’était pas à son meilleur au moment de se lancer dans la bataille référendaire. On ne saura jamais si le PQ aurait gagné un référendum tenu dans le climat d’exaltation qui avait suivi sa victoire du 15 novembre 1976, mais en tout cas, la défaite aurait été moins cinglante que celle de 1980.

Certes, Marois et ses ministres ne nous disent pas tout pour justifier leur décision absurde. Celle-ci repose bien sûr sur tous ces petits calculs opportunistes qui, à la longue, se révèlent plus nuisibles que profitables. Comme d’attendre de se faire renverser. Ou de penser se maintenir au pouvoir, même minoritaire, avec l’appui d’une CAQ en débandade.

Pauline Marois présuppose que François Legault et ses 17 députés voteront les yeux fermés des mesures qui leur puent au nez, comme la charte de la laïcité, plutôt que de perdre leur fauteuil de député. Elle a tort de miser sur François Legault, un transfuge qui attend en se pourléchant les lèvres le jour où il pourra faire mordre la poussière à ce Parti québécois qui n’a pas voulu de lui comme chef. Cet homme a des comptes à régler avec son passé.

On néglige encore deux autres choses. Il est vrai que la CAQ n’en mène pas large actuellement, mais qui peut dire ( pas même les sondeurs ) qu’il en sera encore ainsi dans huit ou douze mois ? Combien de partis déclarés moribonds ont ressuscité quelques mois plus tard ? Le PQ en offre un bon exemple, lui qui s’était fait lessiver par l’ADQ aux élections de 2007, pour rebondir un an plus tard aux élections de décembre 2008. Les péquistes négligent aussi le fait que la dégringolade actuelle de la CAQ lui ouvrirait un certain nombre de comtés dans la région de Québec où ce parti a fait son nid aux dernières élections.

En refusant de faire des élections, Pauline Marois se prive encore d’une mesure archipopulaire : la charte de la laïcité. Les francophones l’ont déjà plébiscitée. Seuls les libéraux et leur clientèle électorale, anglophones et allophones, n’en veulent pas, comme ils n’ont pas voulu de la Charte du français, il y a plus de 30 ans. En laissant le débat perdurer et pourrir, qui sait si, à force de se faire dire par les médias, les libéraux, les musulmans, les Anglos et les fédéralistes, qu’il s’agit d’un monstre à sept têtes, l’opinion ne basculera pas ?

Et voilà t’y pas qu’en plus de tout le reste, Stephen Harper vient d’offrir à Pauline Marois sur un plateau d’argent une belle ouverture en s’attaquant à la loi 99 sur la majorité référendaire. C’est une constante dans notre culture politique : faire des élections sur le dos d’Ottawa est un ticket gagnant. Cette loi s’applique d’autant mieux au Parti québécois que la population le perçoit comme le parti qui défend le mieux ses intérêts, contrairement aux libéraux attachés avant tout à servir ceux de leur clientèle anglophone et allophone.

Je me marrais dernièrement à la lecture de nos blogueurs de presse BDT ( Bons dans Toute ) qui n’arrêtaient pas de dire ou d’écrire que déclencher des élections constituait un pari risqué. C’est plutôt le contraire : le pari risqué, c’est de ne pas en faire. Placée devant les options qui s’offrent à elle, Pauline Marois choisit en somme de laisser les autres décider à sa place de la date des élections, et de son agenda politique. C’est la plus mauvaise politique qui soit.

Pierre Godin, god.pierre@videotron.ca

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