Publié par : paysdesmasques | lundi, 27 janvier 2014

Accommodements : testé par Charest, le cas par cas de Couillard vira au cirque

 

par Pierre Godin

Où était donc Philippe Couillard quand son chef, Jean Charest, adoptait, en 2009, le cas par cas pour tenter de se débarrasser de la patate chaude des signes religieux? Peut-être faisait-il du business avec son associé Arthur Porter en Arabie Saoudite, pays le plus misogyne de tous les États arabes, où les femmes n’ont pas le droit de conduire une automobile et mangent après les hommes dans les cafétérias publiques? Il est plus probable que le chef libéral souffre d’une pensée politique flottante ou encore tout simplement d’amnésie.

Rafraîchissons-lui la mémoire. Loin d’innover, il tente aujourd’hui de faire du neuf avec du vieux en promettant de régler les demandes d’accommodements des groupes religieux et culturels au cas par cas au lieu d’une loi qui les encadrerait. C’était déjà la règle sous Jean Charest. De plus, Couillard interdira toutes les cagoules sexistes et dégradantes imaginées par l’islam : niqab, burqa et tchador. Sauf le voile (hidjab) qui laisse à nu le visage de la femme musulmane, mais n’en constitue pas moins le symbole de son statut social inférieur. Or, ces interdits figuraient dans les projets de loi 16 et 94 déposés par Jean Charest, en 2009 et 2010. Ce dernier promettait de poser des « gestes fondateurs ». Il tonnait : « Les services dispensés par mon gouvernement se feront à visage découvert. » La « laïcité ouverte », comme il disait, c’était cela.

Pour les péquistes, il s’agissait d’une « auberge espagnole exposée à tout vent » susceptible d’interprétations diverses qui ajouterait à la confusion. La négation même du modèle onusien de la démocratie laïque attaquée par les intégristes religieux. Pauline Marois ravalait cette laïcité ouverte à un succédané du multiculturalisme à l’anglo-saxonne toujours adoré au Canada anglais, mais rejeté par plusieurs pays, comme l’Allemagne, l’Angleterre et la France. Contrairement aux libéraux, la chef du PQ était partisane d’une laïcité intégrale proscrivant tous les signes religieux dans les services publics, même le hidjab (voile). Position qui lui valut d’être taxée de raciste par les associations musulmanes.

Même combat de la part de la libérale Christiane Pelchat, alors présidente du Conseil du statut de la femme, qui s’opposait catégoriquement au foulard islamiste. Rébellion qui lui valut l’exclusion, comme c’est le cas aujourd’hui de Fatima Houda-Pepin. La ministre responsable du dossier des femmes, Christine Saint-Pierre, l’évinça et la remplaça par son amie journaliste à Radio-Canada, Julie Miville-Deschesnes. Aussitôt en poste, celle-ci lui renvoya l’ascenseur en réalignant le mouvement féministe sur la position sexiste du Parti libéral qui dénigrait la charte de la laïcité prônée par Pauline Marois.

Mais revenons aux demandes parfois abusives d’accommodements raisonnables que Philippe Couillard promet de régler au cas par cas, comme Charest durant les années 2009-2012. Pourtant, déjà à cette époque, les sondages, comme ceux  de La Presse, étaient unanimes. Les trois quarts des Québécois francophones étaient opposés à tout accommodement. À l’école? Non, à hauteur de 76 %. À l’hôpital? Non à hauteur de 70 %. Au travail? Non, à hauteur de 74 %. Dans la fonction publique? Non, à hauteur des deux tiers.

Une politique osée, celle de Jean Charest, qui s’expliquait avant tout par la pression de sa base électorale, anglophones et immigrants massivement opposés à toute interdiction du port des signes religieux, et donc ouverts aux dérogations. Un autre sondage, commandé par Le Devoir, aurait dû éclairer sa lanterne. Les trois quarts des Québécois le jugeaient trop mou vis-à-vis les demandes des groupes religieux et culturels et réclamaient plus de pogne de sa part. Il devait interdire le voile dans l’espace public et adopter une loi assez draconienne pour contrer la poussée évidente de l’intégrisme islamiste qu’encourageait l’aveuglement de nos élites politiques, universitaires, médiatiques et de certaines organisations citoyennes comme la Commission des droits de la personne.

Il était donc impensable que Jean Charest opte pour une politique claire et rigoureuse afin de baliser par la loi les demandes d’accommodements. Il se rabattit plutôt sur une concoction imaginée par ses docteurs de l’accommodement : on allait régler les demandes une par une, c’est-à-dire au cas par cas. La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, fut la première à réciter le credo libéral : « Je préfère carburer au cas par cas, car il est impossible d’établir une règle générale… », affirma-t-elle tout de go.

La toujours souriante ministre était embêtée par une demande d’accommodement absurde. Une famille musulmane exigeait qu’on attife leur fillette d’un casque d’écoute pour qu’elle n’entende pas les chansons et comptines « païennes » de sa classe. « La demande des parents musulmans est très acceptable et très raisonnable », zézaya-t-elle. Estomaquée, Pauline Marois l’accusa de saboter l’intégration de la fillette qui serait isolée de sa classe.

Cette politique de fuite en avant, que se propose de réchauffer et de mitonner aujourd’hui Philippe Couillard, culmina sous Charest dans une avalanche de demandes « déraisonnables », de dérapages et d’absurdités qui tenaient du cirque plutôt que du gouvernement éclairé des hommes et des femmes. Comme quoi Kafka ne se trouvait jamais loin quand Jean Charest se traînait les pieds. Mais pouvait-il vraiment exiger des concessions de son électorat anglo et allophone à qui il devait sa couronne?

Ça devait arriver, juste avant Noël, un bureaucrate fédéral sans doute « islamisé » à son insu interdit de dresser l’arbre de Noël des chrétiens dans les édifices fédéraux montréalais pour ne pas fâcher ceux qui fêtaient Mahomet plutôt que Jésus. Ensuite, dans un quartier bourgeois de la métropole peuplé de juifs hassidiques, tempête de neige ou pas, la voirie décida de ne plus enlever la neige le jour du sabbat. Pourquoi? Parce que leur religion leur interdisait de toucher à leur voiture, ce jour-là. Et puis après ? ripostaient dans les deux langues les citoyens non-juifs du quartier obligés de foncer dans les bancs de neige. Les mêmes hassidiques revendiquèrent, mais en vain cette fois, de faire givrer les fenêtres d’un gym situé à côté d’une école juive orthodoxe et de séparer hommes et femmes dans les bains publics.

Dans le quartier voisin, des juifs orthodoxes exigèrent de pouvoir stationner leur voiture comme bon leur semblerait, même dans les zones interdites, le jour d’une fête religieuse. Bernard Drainville répliqua qu’on n’allait quand même pas se doter d’une signalisation routière pour chacune des religions de la province! Le gros bon sens, quoi. Mais c’était « inacceptable » pour le potineur de La Presse, Patrick Lagacé, « agacé » par la réponse du péquiste. Sans doute avait-il été piqué par la mouche de l’accommodement farfelu…

Comme si on n’avait pas déjà tout vu en ce domaine où notre tradition de supertolérance était bien ancrée! Quelques années plus tôt, deux femmes juges avaient soulevé un tollé. Craignant sans doute de se faire traiter de raciste, la première avait acquitté deux jeunes violeurs noirs en évoquant comme « circonstance atténuante » la couleur de leur peau. À croire qu’il était normal, dans la culture noire, de violer les femmes ! Le jugement de la seconde fut tout aussi délirant. Elle condamna à une peine plus que légère un Algérien, pourtant reconnu coupable d’agression sexuelle sur une mineure de 9 ans, sous prétexte que le violeur avait protégé sa victime en se contentant de la sodomiser… afin de préserver sa virginité pour son futur mari.

Les juges n’avaient pas le monopole des accommodements déraisonnables. Les enseignants et directeurs d’école en rajoutaient. À Québec, le prof de musique d’une école primaire censura de son propre chef un vers de la chanson d’Édith Piaf, L’Hymne à l’amour, qui disait : « Dieu réunit ceux qui s’aiment… » Il n’avait rien contre l’amour. C’est contre Dieu qu’il en avait, vu qu’autour de lui, on répétait que la religion n’avait pas sa place à l’école… Censure qualifiée « d’insolite » sur les réseaux sociaux.

La Commission des droits de la personne s’illustra, elle aussi, au rayon des accommodements. Un enseignant, musulman celui-là, refusait de donner ses cours, le vendredi. « D’où je viens, se justifiait-il, on ne bosse pas ce jour-là, on va prier à la mosquée… » Les complaisants commissaires lui donnèrent raison, sommant la direction de l’école de lui trouver un suppléant! Pas plus sorcier que cela! Même expédient dans le cas d’une jeune musulmane qui ne voulait pas se séparer de son hidjab à l’école. Elle pouvait le porter, conclurent nos champions des arrangements boiteux, pourvu que ce soit « librement ». C’est-à-dire si ses parents ne la forçaient pas. Allez donc vérifier pour voir?

Les dérogations qui se multipliaient déclenchèrent un effet boule de neige dans les entreprises. On assista à une avalanche de demandes de congé au nom de tous les saints du paradis chrétien, musulman, juif, hindou, bouddhiste et même sikhiste. Le cas par cas devenait impossible à gérer pour les entreprises, mais pas pour l’accommodante Commission des droits de la personne qui penchait toujours du même côté, comme la tour de Pise. « Cette demande n’est pas déraisonnable », statua-t-elle, quand neuf travailleurs chrétiens orthodoxes invoquèrent une fête religieuse pour quitter tous ensemble le travail.

Et dans les hôpitaux? Des infirmières musulmanes refusaient de soigner les hommes et des patientes voilées réclamaient une madame docteur pour éviter que la main baladeuse d’un médecin mâle leur palpe le corps, encore moins les parties intimes. Dérogation accordée par les directions hospitalières. Mais refusée à des étudiantes infirmières qui ne voulaient pas pratiquer leur boulot avec des infirmiers de sexe masculin.

À la Régie de l’assurance-maladie, on se montrait très accommodant. Quand une prestataire musulmane voilée exigea d’être servie par une femme, non par un homme, elle obtint satisfaction sur le champ. L’incident fit jaser. Loin d’être tétanisé par les articles de presse, le grand patron de la régie en rajouta : « Pour des motifs religieux, une musulmane peut refuser de se faire photographier par un homme. » Un reporter lui demanda si un prestataire mâle refusant de se faire servir par une femme voilée obtiendrait satisfaction, lui aussi. La réponse du docteur Marc Giroux ne se fit pas attendre : « Nous n’obtempérons pas à sa demande, un point, c’est tout. »

À la Société de l’assurance automobile du Québec, même absurdité. Un juif hassidique faillit tomber dans les pommes quand il réalisa qu’un évaluateur mâle ferait passer l’examen de conduite à son obéissante épouse. Sa religion interdisait à celle-ci de s’asseoir à côté d’un homme autre que lui dans la voiture. La Commission des droits de la personne, qui n’en ratait pas une, donna raison au mari geôlier, même s’il s’agissait d’une violation flagrante du principe démocratique de l’égalité homme/femme.

Il y eut encore l’épisode de ces parents musulmans et juifs réclamant pour leurs rejetons en garderie des repas sans viande, ou, à tout le moins, de viande halal ou casher. Et celui de ces étudiants qui revendiquaient des salles de prières dans les cégeps et universités. La bravade du maire de Saguenay, Jean Tremblay, surnommé par les laïcs du coin « Ti-Jean la Prière », fit florès. Malgré les ordonnances du tribunal local des droits de la personne ( cette fois du côté de la laïcité ) menaçant ce maire catho d’outrage au tribunal, car la prière n’avait pas sa place quand il vaquait aux affaires publiques, Jean Tremblay continuait d’invoquer le saint nom de Dieu avant la séance du conseil municipal. Il se dota même d’un substantiel « trésor de guerre » pour défrayer ses frais d’avocat.

En terminant, quelques fleurs pour Jean Charest, plutôt malmené jusqu’ici, et pour sa ministre Yolanda James. Tous deux résistèrent à la pluie d’injures venant des médias anglophones qui s’abattit sur le Québec après l’expulsion d’une immigrante qui refusait de retirer son niqab cachant tout son visage sauf les yeux, au collège Saint-Laurent, à Montréal. Passant outre à l’avis de la Commission des droits de la personne, la direction du collège sévit contre Naïma Ahmed. Était-ce bien elle la personne encagée dans sa prison d’étoffe ?   voulut le savoir l’enseignante qui lui demanda en vain de retirer sa cagoule moyenâgeuse. Elle péta les plombs quand l’étudiante, une provocatrice islamiste de toute évidence, exigea en plus que les étudiants mâles de la classe lui tournent le dos durant sa présentation orale.

« Porter le niqab, ça heurte nos valeurs et ça contrevient à l’égalité homme/femme », martela la ministre James, secondée par son chef qui précisa aux reporters: « Pour les services de mon gouvernement, ça se fait à visage découvert… » Un typhon de mauvaise foi venu du Canada anglais qui, comme d’habitude, fourrait son nez dans nos affaires, déferla sur la province. Déchaînés, certains quotidiens tombèrent dans ce qu’ils savent le mieux faire: le Québec bashing. «Quelle portion du mot liberté ne comprenez-vous pas ? » siffla Naomi Lakritz, du Calgary Herald. De son côté, l’influent Globe and Mail de Toronto n’hésita pas à écrire en y mettant le minimum d’intelligence. « Refuser à une femme l’accès à l’école ne rappelle-t-il pas le régime des talibans qui proscrit la scolarisation des filles ? »

Ancré dans sa francophobie et déconnecté de ses lecteurs, le Globe and Mail fut désavoué par ses lecteurs. L’un des sondeurs résuma ainsi l’opinion majoritaire se dégageant du sondage : « Nous applaudissons fortement, à cent pour cent, la décision de la province française d’exclure de l’école l’étudiante musulmane qui refusait d’enlever son niqab.»

L’exclusion de l’étudiante au niqab trouva chez nous au moins un critique déclaré en la personne d’André Pratte, blogueur chef de La Presse. Ému du cas d’Aisha, une immigrante exfiltrée, elle aussi, de sa classe pour les mêmes raisons que Naïma Ahmed, Pratte dénonça la « police du niqab ». On se serait cru de retour à l’époque où la presse anglo stigmatisait les « linguistic cops », ces fonctionnaires chargés du respect de la loi 101.

Autre exemple démontrant qu’au Canada anglais aussi, commentateurs et blogueurs enfermés dans leur bulle qui les libère de la réalité, se coupent parfois de la population. Cette fois, c’est à propos la laïcité ouverte de Jean Charest. Haroon Siddiqui, éditorialiste du Toronto Star, avait bêtement comparé le Québec aux « États totalitaires d’Arabie saoudite et d’Iran qui réprimaient, eux aussi les femmes ». Propos démagogiques promptement démentis par un sondage Angus Reid : au Canada anglais, 80 % des gens appuyaient la laïcité ouverte.

Coupé lui aussi de l’opinion majoritaire québécoise favorable à une charte de la laïcité, Philippe Couillard risque de nous replonger dans le cirque des accommodements, si jamais il terrassait Pauline Marois aux prochaines élections. Probabilité aussi douteuse que sa gnognote du cas par cas.

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