Publié par : paysdesmasques | lundi, 3 mars 2014

Le pétrole d’Anticosti : nouveau casus belli des écolos et médias

 Je m’attendais à ce que les braves soldats de notre armée verte, comme le sympathique, mais trop alarmiste Dominic Champagne, et nos potineurs de la presse montent au front contre l’exploration du pétrole d’Anticosti. Du déjà vu…

On dirait que nos écolos et journalistes aiment mieux voir les Québécois se chauffer et faire rouler leurs bagnoles avec le pétrole sale des sables bitumineux albertains, plutôt qu’avec notre pétrole et notre gaz de schiste. Ils ont réussi à faire reculer le PQ pour le gaz, alors qu’ailleurs — aux États-Unis, dans l’ouest canadien et en Europe — on l’exploite, sans catastrophe, pour le profit des entreprises, c’est vrai, mais aussi pour celui de la population. Ça m’intrigue de constater que les deux coins de la planète les plus résolument hostiles au gaz de schiste soient la France et le Québec. Deux sociétés francophones à la traîne économiquement…

C’est une constante, depuis que le gouvernement Marois affiche ses politiques énergétiques, dont l’exploration pétrolière, on assiste à une attaque frontale des écolos et des médias pour les discréditer ou les ravaler à des gimmicks électoralistes. C’est la répétition du scénario médiatique entourant le voile, sauf que là, les écolos n’avaient rien à y voir !

Il fallait entendre les Anne-Marie Dussault et Patrice Roy, pour ne nommer que ces deux-là,  répéter à l’infini, chaque fois qu’il était question du pétrole d’Anticosti ou de la cimenterie de Port-Daniel, que ces deux projets créateurs d’emplois et de richesse, c’était juste de la poudre aux yeux de la part d’une première ministre pensant à sa réélection. Ça leur évitait de trop s’étendre sur leurs contenus, si ce n’est pour monter en épingle les aspects négatifs qui coïncidaient généralement avec les fulminations des écolos et des libéraux.

Un cas de biais évident m’a frappé. Quand Pauline Marois a annoncé, le 13 février dernier, qu’elle donnait le feu vert à l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti, Anne-Marie Dussault, l’animatrice de l’émission 24/60 à RDI, s’en est donnée à cœur joie. Le soir même et le lendemain, elle a donné la parole à deux invités antipétrole, Christian Simard, un écolo de Nature Québec,  et Sylvain Archambault, un biologiste consultant de la Société pour la nature et les parcs, qui ont tous les deux caviardé joyeusement notre pétrole en invoquant tous les poncifs connus du discours environnemental.  Mais aucun expert propétrole.

Vous me direz qu’elle a invité la ministre Martine Ouellet en début d’émission. Vrai, mais le problème, c’est que celle-ci n’a pas pu expliquer vraiment sa politique,  car l’animatrice lui coupait la parole à tout moment. Et avec une agressivité rare, gênante même, qui m’a rappelé son entrevue quelque temps auparavant avec le ministre Pierre Duchaîne qui remplaçait Élaine Zakaïb, ministre responsable de la politique industrielle, dont le nom avait été mentionné au tableau de chasse de la commission Charbonneau. La lionne de Radio-Canada…Première ( quel slogan ridicule ! ) était tellement déchaînée contre le péquiste que je me disais qu’il allait la rembarrer et quitter le plateau. Mais non, Duchaîne avait fait preuve d’une patience d’ange, malgré le parti pris évident de l’animatrice. Certes, comme disait Albert Camus le journaliste, le goût de la vérité n’empêche pas de prendre parti. À condition de ne pas sombrer dans la partisanerie outrancière.

Moi, je suis de l’époque des grands intervieweurs du Radio-Canada d’avant l’actuelle, les Judith Jasmin, René Lévesque, Gérard Pelletier, Pierre Nadeau, Louis Martin ou Bernard Derôme, pour ne citer qu’eux. Ces gens-là, quand ils invitaient quelqu’un, c’était parce qu’ils jugeaient que cette personne avait des choses intéressantes à dire. Ils la laissaient parler, ce qui n’excluait pas les questions pointues, mais ils ne se servaient pas de leur invité comme faire-valoir. Leur but premier ne consistait pas à le « planter », comme on dit, mais à informer les auditeurs. Même si parfois, un invité coriace pouvait leur faire perdre la face.

Dans son édito sur le même sujet — « Le pétrole d’Anticosti : miroir aux alouettes ? » — Bernard Descôteaux, le directeur du Devoir, a  au moins fait valoir d’abord les avantages d’une mise en valeur du pétrole d’Anticosti : redevances de 45 milliards de dollars, indépendance énergétique plus affirmée, balance commerciale du Québec bonifiée, etc. N’empêche qu’il n’a pas pu s’empêcher de douter, lui aussi, de la sagesse ou de la pertinence de la décision de Pauline Marois. Alignant tous les « risques possibles » d’un projet « qui n’est rien d’autre qu’un immense pari », avant de prédire qu’on récupérerait à peine 5% du pétrole et de nous entraîner chez monsieur de La Fontaine et sa fable de la laitière et du pot au lait « où Perrette rêve à tout ce qu’elle fera avec l’argent de son pot de lait jusqu’à ce qu’il se brise ». Vous saisissez le message ?  Ne prenons pas de risques, ne bougeons pas… Comme si Pauline Marois était assez frivole ou amateur pour jeter 115 millions de beaux dollars publics ( le coût de l’exploration ) en pâture aux « alouettes » de  l’île d’Anticosti !

Si j’étais étudiant en science po ou en communication, je bosserais sur une analyse du contenu de nos médias depuis que le PQ a pris le pouvoir pour évaluer notamment l’importance du matraquage systématique de l’opinion avec des infos hostiles à la charte de la laïcité et à la nouvelle politique énergétique du gouvernement Marois. Et je me ferais un devoir d’étendre mon étude aux élections en vue. Juste pour voir si se répétera la campagne de presse négative de septembre 2012 à l’égard de Marois et du PQ. Juste pour voir si nos journalistes feront encore la campagne de François Legault ou de Françoise David, quoique ces deux-là ont perdu des plumes depuis ! À défaut, il restera toujours Philippe Couillard, comme défouloir.

On a peut-être tort de trop s’en faire à propos de ce que racontent les médias. Les peuples ont la tête dure. On l’a vu à l’automne 2012. Marois a été élue malgré une info politique favorable à François Legault et sa CAQ — tellement que celui-ci se voyait déjà au pouvoir — aux  libéraux même discrédités de Jean Charest et au Québec Solidaire de Françoise David, révélation du débat des chefs de la campagne.

À parcourir à vue d’œil les pages des quotidiens de la campagne électorale de septembre 2012,  on se rend compte que c’était anybody but Pauline Marois.  Mais ce peuple qui a la tête dure n’a pas écouté le babillage médiatique et en a décidé autrement. On en est témoin encore avec la charte de la laïcité qui, malgré tous les efforts pour la diaboliser de la part d’une presse déconnectée qui ressasse les objections des élites, plaît avec raison aux électeurs. La sagesse des peuples, si ça existe, c’est peut-être cela…

Je lis actuellement le dernier livre de Jean-François Kahn, L’horreur médiatique, qui a certaines résonnances chez nous. « Levez-vous les journalistes ! » s’écrie le fondateur trouble-fête de l’hebdo politique Marianne, qui combat la « pensée unique » diffusée par les médias de son pays, c’est-à-dire celle de leurs propriétaires et gestionnaires. Kahn est célèbre chez lui pour le procès qu’il a instruit contre les « élites médiatiques »  françaises « de moins en moins lues et de moins en moins écoutées », affirme-t-il.

Kahn, c’est la mauvaise conscience des journalistes français qui se font fort de boycotter son magazine jugé trop provocateur quand il affirme, par exemple, qu’ils figurent parmi les professions les plus discréditées. « Ils l’ont bien cherché », écrit-il, en fustigeant ces scribes gouvernés par l’émotion et la pensée officielle, et non par l’intelligence et l’indignation. « Ils ne nous disent rien, ils nous cachent tout ! » se plaint-il. En pensant à chez nous, il serait plus juste d’écrire que nos journalistes nous disent beaucoup de choses, oui, mais uniquement ce qu’ils veulent bien nous dire… Et  de l’inutile et des non-nouvelles, en veux-tu en v’là !

Kahn s’en prend aussi aux journalistes si prompts à fustiger la fermeté et la rigueur du gouvernement et à l’égard desquels, heureusement, les Français restent de plus en plus indifférents. Et le provocateur de rappeler que le référendum de 2005 sur la constitution européenne fut le premier révélateur du « tragique naufrage »  des médias français. Alors que l’ensemble de la presse favorisait le Oui ( un peu comme chez nous au référendum perdu de mai 1980 ), en méprisant le quidam qui osait remettre en question sa science, une nette majorité de Français rejetaient le texte peu ragoûtant de la future constitution qu’on tentait de leur faire avaler.

Les peuples, je l’ai dit plus haut, ont la tête dure. Et c’est à espérer qu’il en sera ainsi chez nous non seulement pour la charte de la laïcité plébiscitée, selon les sondages, par les citoyens lambdas sinon par leurs élites médiatiques. Mais aussi pour les nouvelles politiques économiques et énergétiques du gouvernement Marois. Comme l’exploration pétrolière à l’île d’Anticosti, mais dans des conditions ne créant pas d’affreuses et profondes balafres dans le sous-sol et à la surface de l’île.

Des politiques qui ciblent, pour une fois, les intérêts des Québécois, après dix années d’un gouvernement libéral trop pressé de servir d’abord sa clientèle électorale et ses amis, dans le climat délétère de la corruption politique, pour se préoccuper vraiment de leurs valeurs et de leurs besoins.

god.pierre@videotron.ca

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