Publié par : paysdesmasques | mercredi, 19 mars 2014

Pauline Marois et PKP plongés dans «l’horreur médiatique»

par Pierre Godin

En lançant sa campagne, Pauline Marois a envoyé paître la meute de journalistes qui la traquaient. Elle n’est pas la première à user de cette stratégie électorale recommandée aux chefs d’État par les experts en communication. Hier, Robert Bourassa en était adepte, comme Stephen Harper aujourd’hui. Même France Charbonneau, la juge anticorruption, n’a pas hésité à lancer dans la cour des journalistes une cassette préenregistrée annonçant sa commission.

Mais pourquoi fuir les journalistes comme s’ils avaient la peste ? Ce n’est pas tant à cause de leur mauvaise réputation, car en cette matière, celle des politiciens ne vaut guère mieux. Non, la vraie raison, c’est que les leaders politiques, peu importe leur couleur, veulent éviter de voir leur message déformé, trituré et falsifié, parfois grossièrement, par les médias.

On dira qu’on est en démocratie, que les élus ont des réponses à apporter aux questions de la population et que c’est le rôle de la presse de les poser. Vrai, mais à condition d’avoir affaire à des journalistes non partisans ou partiaux, comme trop des nôtres le sont depuis la prise du pouvoir par le Parti québécois, en septembre 2012. Même minoritaire, la victoire de Marois fut vécue comme une absurdité non seulement par les libéraux de Jean Charest privés du divin pouvoir, mais par leurs amis de la presse. Et plus encore par les Anglos, clientèle captive du Parti libéral. Tellement démontés, ceux-là, que l’un d’entre eux a même failli trucider la première ministre élue. On a assisté alors à ce que l’anticonformiste journaliste français Jean-François Khan, en guerre contre la pensée unique des médiacrates de son pays, appelle « l’horreur médiatique ». Pendant que les médias anglos poussaient l’indécence jusqu’à interviewer le tueur, cherchant à le « comprendre », voire à l’excuser, comme s’ils voulaient en faire un faux héros, les scribes francos, le stylo et la voix soudain tout flageolants, s’autocensuraient quand ils ne cherchaient pas, comme Yves Boisvert, de La Presse ( « Un attentat psychiatrique pas politique » ) à banaliser la tentative d’assassinat en insinuant que Richard Bain était juste un fou et que son geste n’avait rien de…politique !

Cela dit, revenons au rien-à-vous-dire-messieurs-dames-de-la-presse de Pauline Marois, lors du lancement de sa campagne. À en juger par sa piètre performance depuis le début de la  joute, ses « fins stratèges » auraient dû lui conseiller de continuer dans cette voie ! Pour qu’elle cesse surtout de répondre aux questions pièges sur le référendum qu’elle alimente en persistant à répondre à Couillard et à Legault.

Mais peut-être se serait-elle montrée plus avenante si elle avait eu à affronter des journalistes faisant preuve d’un minimum de bonne foi et ne tordant pas les faits par la peau du cou. Depuis septembre 2012, on assiste à une véritable charge d’éléphants contre la première ministre et ses politiques. Peu importe ce qu’elle dit ou fait, nos commentateurs cherchent toujours la petite bête noire à monter en épingle. Comme le soi-disant « deal » entre le Fonds de solidarité de la FTQ et son mari, sans cesse rabâché et rabâché d’un chroniqueur à l’autre, sans preuve crédible à l’appui, et malgré le fait que les trois personnes concernées, Michel Arsenault, Pauline Marois et Claude Blanchette, aient ravalé la rumeur à ce qu’elle était : de la fabulation. Depuis quand est-ce qu’en l’absence de preuves, on ne donne pas à l’accusé au moins le bénéfice du doute? Ce que la presse accorde pourtant à Philippe Couillard dans l’affaire Porter où son ex-associé est accusé de fraude.

C’est une technique connue des régimes politiques où l’info est sous influence que celle de sans cesse ramener en boucle un fait ou une image défavorables à l’adversaire. Maintenant que le « deal » est usé à la corde, nos médias ont trouvé une autre astuce pour discréditer le PQ. Le poing levé de PKP, lors de l’annonce de sa canditature, que Radio-Canada passe en rafale chaque fois que l’occasion se présente. Hier soir encore, résumant la campagne électorale de la journée, l’animateur Sébastien Beauvais a trouvé le moyen de nous « assommer » une fois de plus avec le poing de PKP crevant l’écran durant plusieurs secondes…

Tout ceci pour dire que la chef péquiste risque de sortir plus écorchée encore qu’elle ne l’est déjà de « l’horreur médiatique » qui l’attend, pour citer Jean-François Khan. Dès le début de la campagne électorale, les beagles de la presse libérale et fédéraliste se sont empressés de mettre en évidence les demi-vérités colportées par Couillard à propos du gouvernement Marois, comme ses statistiques mensongères sur la création d’emplois. Si vous en doutez, parcourez les pages émaillées de titres et d’articles hostiles dans Le Devoir et La Presse des premiers jours de la campagne.

Au quatrième jour, c’était rigolo de voir La Presse tenter de refaire une beauté au transfuge Gaétan Barrette. Maintenant qu’il a arraché de sa veste le bouton de la CAQ pour le remplacer par celui du Parti libéral, le docteur est devenu fréquentable ! Il fallait voir la une de La Presse barrée dans sa presque totalité par une photo massive, c’est le cas de le dire, du docteur Barrette qualifié de… battant ! Terme approprié, puisqu’il s’était fait…battre aux dernières élections et qu’il risque de subir la bastonnade une deuxième fois dans La Pinière grâce au miracle de Fatima !

Il ne faudrait pas oublier d’inclure non plus dans « l’horreur médiatique » que vit Pauline Marois, le préjugé favorable des journalistes du Devoir pour Québec solidaire. S’il n’en tenait qu’à eux, ils l’éliraient demain matin ! Dieu nous en garde ! Mais on n’a pas à s’étonner de leur manque de prise sur la réalité, car aux élections de septembre 2012, ils avaient tellement boosté la campagne de François Legault que le chef caquiste se voyait au pouvoir. Mais ils n’étaient pas les seuls, faut-il le préciser. Faute de pouvoir soutenir leur poulain favori, à cause de l’odeur rance de corruption politiqu flottant autour de Jean Charest, La Presse et Radio-Canada avaient jeté eux aussi leur dévolu sur François Legault et ses mirages.

Même cirque médiatique au lendemain de l’annonce de la candidature de Pierre Karl Péladeau. Il fallait voir la manchette bébête du journal d’Henri Bourassa : « Un candidat milliardaire au PQ ». Naturellement, tout le titrage de la une et des pages 2 et 3 consacrées à la campagne électorale était fortement négatif envers PKP et Pauline Marois. Malgré sa rivalité avec Quebecor et son Journal de Montréal, La Presse s’est montrée, cette fois-là, plus professionnelle que Le Devoir dans le traitement réservé à la candidature de PKP.

Lise Bissonnette avait raison de dire il y a quelque temps qu’elle ne reconnaissait plus son Devoir. Moi non plus qui y ai bossé quelques années. Si ce quotidien disparaissait demain matin, les seuls qui verseraient des larmes, ce serait sans doute… la gauche caviar de Québec solidaire qui perdrait une complicité évidente, quoique plutôt symbolique ou affective, vu son peu d’audience dans la population.

Parlant de ce parti de militants bien intentionnés, mais déconnectés, il est amusant de le voir pratiquer dans cette campagne la surenchère nationaliste pour brouiller les cartes, ce qui ne peut qu’aider les libéraux. En effet, dans sa pub électorale, ce groupuscule à la gauche de la gauche, véritable électron libre de la politique québécoise, crie sur tous les toits — permettez-moi de rire — qu’il est plus souverainiste que le PQ lui-même. Les vrais indépendantistes, ce sont les solidaires, pas les péquistes !

Cela relève de l’imposture, vu que leur cochef masculin, l’erratique Amir  Khadir, se vante d’avoir voté NPD au fédéral, parti le plus anti-indépendance qui soit sur terre, au lieu du Bloc québécois, parti-frère le plus pro-indépendance qui soit sur la même terre. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la « solidarité » ne l’étouffe pas, celui-là. Et vu aussi que sa cochef Françoise David, fédéraliste masquée à mon avis, n’ouvre la bouche que pour taper sur Pauline Marois et le PQ, comme tout le monde l’a remarqué, même Foglia. En un an, elle n’a jamais jugé intéressante ou prometteuse la moindre petite idée du PQ, caquetant son hostilité plus fort que tous les libéraux réunis de la province.

Tellement confuse aussi, notre chère solidaire, qu’elle s’oppose à l’interdiction du voile islamiste dans l’administration publique parce qu’elle se dit « inclusive ». Alors qu’elle déclare  béatement, pour ne pas dire plus, qu’elle ne s’assoirait jamais à côté de Pierre Karl Péladeau. Mais n’est-ce pas là l’expression la plus grossière de « l’exclusion » des autres ? Dans le cas de PKP, le cri du cœur sectaire et impoli de la cochef relève presque de la discrimination selon le sexe !!! Et celui de son alter ego Amir Khadir, qui a comparé l’arrivée de PKP en politique à celle de l’ayatollah Khomeini en Iran, relève de la chasse aux sorcières. Si c’est ça, faire de la politique autrement, comme Françoise David ne cesse de l’ânonner, tous ceux qui ne penseraient pas comme elle feraient mieux de faire leurs paquets et de quitter son Québec…solidaire, où il ne ferait pas bon différer d’opinion avec la « régente », si jamais elle était élue. En tout cas, qui ne penserait pas comme elle ne trouverait pas de… chaise pour s’asseoir !

En dépit de leur plaidoyer plus que respectable en faveur des déshérités de la terre, j’ai toujours pensé que les solidaires n’existaient au fond que pour une seule raison : diviser le vote souverainiste. Et par ricochet, faire le jeu des libéraux et des fédéralistes. Comme d’ailleurs les partisans de l’Option nationale de Jean-Marie Aussant, autre grand diviseur qui, avec l’aide empressée de Françoise David, a empêché le PQ d’être majoritaire, en septembre 2012. Celui-là, il peut bien s’être réfugié à…Londres après les élections. Il avait accompli ce qu’on attendait de lui. Quant à Françoise David, on est resté pris avec elle pour notre plus grand malheur. Sa « mission » n’était pas terminée. Comme le gouvernement Marois était minoritaire, elle a vite compris qu’elle aurait une nouvelle occasion, lors d’un futur scrutin, de diviser encore le vote des indépendantistes en pratiquant, cette fois-là, la surenchère nationaliste — moi, j’suis plus souverainiste qu’eux ! — afin de faire le lit des libéraux, le parti favori de sa sœurette…

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