Publié par : paysdesmasques | lundi, 9 juin 2014

Survie du PQ : un chef au plus vite !

 

par Pierre Godin

 

« Vous êtes à terre! » m’a lancé l’autre jour une passante, libérale assurément, alors que je sortais du siège social de la SSJB, belle-mère montréalaise des « mécréants » souverainistes de la province. Du haut du balcon, histoire de rigoler un peu, l’un de ces mécréants barbus avait levé le bras en l’air, comme PKP, en scandant d’une voix de stentor : « Libération! » Il fallait bien que je lui crie « D’accord, mon vieux! », même si je trouvais qu’il forçait la dose. Surtout après la cuisante défaite péquiste d’avril dernier…

La provocatrice qui passait par là avait sans doute saisi l’ironie de la situation. De là son cri du cœur, que je ne pouvais laisser sans réplique. « On va se relever, et plus vite que vous le pensez, madame! » Son copain qu’elle tenait amoureusement par la taille s’est retourné vers moi en pouffant de rire, comme si j’avais déconné. Là encore, je ne pouvais laisser faire : « Au moins, nous, on n’est pas des voleurs comme vos amis libéraux! » Ça leur a coupé le sifflet à tous les deux… Ils ont décampé.

Il n’empêche, la barbeuse libérale avait raison : le PQ est bel et bien à terre! Et il le restera s’il ne se donne pas au plus sacrant un nouveau chef solide et crédible, capable de le remettre debout. Mais les enfants de chœur qui dirigent actuellement ce parti ne semblent pas pressés de lancer la course au leadership, ne l’envisageant pas avant 2015 ou, pis, 2016. Quelle erreur impardonnable! Une de plus. Ils se traînent les pieds pendant que les blogueurs conservateurs, depuis La Presse jusqu’à Radio-Canada, en passant par Le Devoir, enterrent le PQ ( trop vite, comme d’habitude ), plébiscitant ( trop vite, là aussi ) le populiste de droite François Legault et ses utopies simplettes.

Je n’en suis pas encore revenu d’avoir entendu le président du PQ, Raymond Archambault, l’un des responsables de la déroute d’avril dernier avec les autres conseillers proches de la première ministre, affirmer sans douter un seul instant de la justesse de son analyse : « Avant de désigner un nouveau chef, il faudra d’abord tenir un congrès d’orientation pour adopter un programme. Or ce congrès ne se tiendra pas avant… 2016. » Conclusion : ce n’est pas demain qu’on saura qui succédera à Pauline Marois.

La politique, c’est bien connu, a horreur du vide.

Vous imaginez les péquistes sans chef durant les deux prochaines années, avec un Couillard triomphal et, sur leurs talons, le transfuge Legault habité par une idée fixe : les rayer de la mappe ? Ne serait-ce que pour démontrer à ses nouveaux fidèles caquistes qu’il a eu raison de trahir ses anciens compagnons d’armes? Vu que ces ineptes déconnectés de la réalité, comme ils l’ont prouvé encore une fois durant la campagne électorale d’avril, lui ont préféré comme chef une twit comme Pauline Marois. Si rien ne bouge, ce sera lui, le véritable chef de l’Opposition en attendant que les péquistes se décident à se brancher. Il y aura bien sûr Stéphane Bédard, le chef transitoire, pour parler au nom du PQ, mais celui-ci ne disposera toujours que de l’autorité et de la crédibilité d’un chef sans couronne.

Imaginez! Pour donner la réplique durant deux longues années aux Legault, Couillard et David, un Lisée et un Drainville plombés par leurs faux pas ou encore un Nicolas Marceau ni convaincant ni incisif, comme on l’a noté lors de sa réplique au budget libéral. Un bon gars, ce Nicolas. N’empêche que malgré ses beaux yeux bleus qui envoûtent Lise Payette, il ne pèse pas lourd devant les trois barons libéraux de l’économie, les Lettao, Coiteux et Daoust qui ont démoli son « faux budget » d’avant les élections avec, il est vrai, la complicité du vérificateur général. Il y aurait bien un dénommé PKP qui pourrait engager un bras de fer avec eux et leur donner le change, mais, depuis l’épisode du poing en l’air, les ( mauvais ) stratèges du PQ semblent l’avoir tabletté. Malheureusement, Raymond Archambault n’est pas le seul à se planter. Jean-François Lisée, qui a ses petites ambitions, a intérêt à faire durer le plaisir pour redorer son étoile ternie par ses couacs gouvernementaux et électoraux. Comme son collègue Bernard Drainville, pour faire oublier sa charte de la laïcité qui a stoppé net son ascension. Et Véronique Hivon, pour se donner le temps de nous prouver qu’elle n’est pas une autre Pauline Marois. Elle, au moins, a réussi à faire adopter sa « charte » sur l’aide médicale à mourir dans ladignité. Un plus.

On l’a tous compris, l’idée est de faire traîner les choses pendant une année ou deux dans l’espoir de barrer la route à PKP, le seul des candidats actuels capable de remettre sur ses rails le parti et la cause. Ça crève les yeux de tout le monde sauf, semble-t-il, ceux de la fratrie péquiste : il faut opposer aux Couillard et Legault un poids lourd qui a l’étoffe d’un chef et une feuille de route impressionnante. Qu’on l’aime ou pas, c’est le cas de Pierre Karl Péladeau. Du sang neuf pour un parti exsangue dont il s’est tenu loin au cours des 20 ou 25 dernières années. Pendant que les péquistes se chicanaient sur le sexe des anges et brûlaient leur leader un après l’autre, lui, il bâtissait l’un des plus puissants empires financiers et médiatiques du pays.

Mais, comme le dit le sage, il ne faut jamais sous-estimer l’imbécilité naturelle des gens. Aussi, outre les aspirations légitimes, bien que prématurées ou inopportunes, des Lisée, Drainville et cie, on peut encore compter sur la gauche de la gauche du PQ pour administrer une bonne volée à « l’antisyndicaliste » PKP, comme le prédit déjà l’ex-président de la CSN, Marc Laviolette, l’éternel mouche du coche péquiste. Dut-on pour ce faire signer l’arrêt de mort du parti de l’indépendance fondé par René Lévesque qui, j’en suis sûr, donnerait sa bénédiction à PKP. Il l’avait donnée au père, Pierre Péladeau, fondateur du Journal de Montréal et du Journal de Québec, en acceptant d’y tenir une chronique politique, malgré la réputation sulfureuse qu’on faisait à Péladeau en certains quartiers.

Comme aujourd’hui à son fils taxé sans nuance de patron de presse férocement antisyndical à cause du long conflit de 2008-2011 qui l’a opposé aux journalistes de ses deux quotidiens réfractaires aux modifications à apporter de toute urgence à la pratique de leur métier à l’ère d’internet. L’avenir a prouvé qu’il n’avait pas tort. De plus, avec le recul, l’opinion critique et indépendante en est venue à la conclusion que le blâme devait être infligé non au seul PKP, mais aussi à ses journalistes, ces « enfants gâtés » jouissant d’une semaine de travail de trois jours et de salaires faramineux enviés par les consœurs et confrères de la profession.

Pierre Godin, god. pierre@videotron.ca

 

 

 

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